Le brut égal le net : rendre aux salariés le fruit de leur travail – ma tribune dans l’Opinion

Philippe Juvin, rapporteur général du budget et président de « La Droite de Progrès : « Je propose une réforme simple, lisible et puissante : le brut égal le net. Autrement dit, le salarié recevra son salaire brut »

Depuis des décennies, la fiche de paie française raconte une histoire que nos concitoyens ne comprennent plus. Entre le salaire brut et le salaire net, une cascade de lignes, de prélèvements et de sigles dilue la valeur du travail. Le salarié négocie un brut, mais vit avec un net amputé. Cette opacité nourrit le sentiment d’effort mal récompensé et l’impression que « travailler plus » ne change pas vraiment la vie.

Je propose une réforme simple, lisible et puissante : le brut égal le net. Autrement dit, le salarié recevra son salaire brut (hors CSG-CRDS). Cette règle compréhensible par tous redonnerait immédiatement du pouvoir d’achat à celles et ceux qui se lèvent tôt, qui acceptent des heures supplémentaires ou qui reprennent un emploi.

Un choix de société

Cette mesure n’est pas un slogan. Elle est à la fois une mesure économique et un choix de société. C’est une mesure de salut économique car dans une France désindustrialisée et vieillissante, faire reposer le financement de la protection sociale sur une taxation du travail met en péril la pérennité de notre modèle. C’est aussi un choix de société car nous donnons un signal fort : l’effort paie. Travailler davantage ou prolonger son activité deviennent enfin des décisions rationnelles et récompensées.

Certains diront : « Et comment finance-t-on la solidarité ? » La réponse est claire : en la finançant autrement, plus largement, plus efficacement, sans creuser le déficit. Par un mix assumé et modéré de TVA et de CSG, par une réforme courageuse de l’assurance chômage, par une maîtrise exigeante des dépenses de santé, par la lutte contre les abus et les gaspillages. La solidarité ne disparaît pas ; elle change d’assiette.

S’assurer que les salariés reçoivent le brut au lieu du net ne signifie pas l’abandon de notre modèle social mais sa modernisation. Rendre la fiche de paie intelligible, c’est restaurer le lien entre effort et récompense, encourager l’activité plutôt que l’inactivité, et la production plutôt que la rente.

Un choc de lisibilité

Dans un pays où le travail est perçu comme surtaxé et insuffisamment valorisé, ce choc de lisibilité et de pouvoir d’achat peut recréer de la confiance. Il peut relancer la consommation, stimuler l’emploi, inciter les jeunes à entrer plus tôt sur le marché du travail et les seniors à y rester plus longtemps. Cette mesure rappelle une évidence oubliée : l’argent gagné par les salariés appartient aux salariés : leur verser le brut au lieu du net revient à leur redonner le fruit de leur engagement et d’une certaine façon, à reprendre le contrôle de leur vie. Dire « le brut, c’est le net », c’est reprendre le contrôle.

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