Sans une part de capitalisation, nous aurons une réforme des retraites tous les cinq ans – Le Figaro

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Pour le député LR, la réforme des retraites est nécessaire, mais elle n’est pas pleinement adaptée au vieillissement de la population. Mettons en place un régime additionnel et introduisons une part de capitalisation dans notre système, plaide-t-il.

D’un point de vue comptable, l’analyse est sans appel. Selon le Conseil d’orientation des retraites, «après avoir enregistré des excédents en 2021 et 2022, le système de retraite sera déficitaire en moyenne sur les 25 prochaines années». Le bon sens suffit pour comprendre qu’un système par répartition appliqué à une population qui vieillit ne peut être que déficitaire. Nous sommes passés de 4 actifs pour 1 retraité en 1960 à 1,4 actif pour 1 retraité dans le privé et 0,9 pour 1 dans le public en 2023. Autrement dit, si nous ne changeons rien, les jeunes d’aujourd’hui n’auront pas de retraites demain. Je voterai pour repousser l’âge de la retraite et augmenter la durée de cotisation, pour autant que des mesures spécifiques s’appliquent bien aux carrières longues ou pénibles. Mais voter une loi est une chose, l’applaudir en est une autre. C’est faute de mieux que je voterai cette loi. Car le texte du gouvernement est bien décevant.

Il est d’abord politiquement décevant. La très grande erreur est de l’avoir présenté comme une formalité comptable, aux seules fins d’équilibre budgétaire. Beaucoup l’ont donc interprété comme une démarche technocratique, forcément imaginée par des privilégiés qui ignoreraient les difficultés de la vie. Les adversaires de la loi, eux, ont compris : ils évoquent le travail, la vie, la nécessité de s’épanouir, l’usure, les souffrances et même la mort (de ceux qui mourraient avant d’arriver à la retraite). Ils donnent un sens à leur action. Pouvait-on traiter de l’âge de la retraite sans aborder les questions de qualité de vie et de santé au travail, d’insuffisance des salaires nets ou de la coexistence entre travail et vie personnelle ? Se cantonner aux arguments comptables, c’était non seulement donner l’impression de méconnaître les problématiques de nos compatriotes, mais plus encore : c’était être certain de n’être pas cru. Car les Français ne croient plus à la gravité des déficits. Comment y croiraient-ils quand les autorités revendiquent de signer des chèques à tout va et de creuser les déficits pour le bien commun ? Le rejet de la politique par les Français vient de cette accumulation de lois et règlements, qui affectent leur vie quotidienne et qu’ils ne comprennent pas.

N’aborder le financement que par l’âge et la durée de cotisation nous condamne à refaire une loi tous les cinq à dix ans, puisque la population va continuer à vieillir !

Mais le projet de loi est également décevant dans ses aspects comptables. Les mesures d’âge ou de durée de cotisation vont mécaniquement améliorer l’équilibre financier. Mais n’aborder le financement que par l’âge et la durée de cotisation nous condamne à refaire une loi tous les cinq à dix ans, pour toujours les repousser à plus tard, puisque la population va continuer à vieillir ! La réforme est donc bien temporaire, c’est une des raisons du mécontentement.

Plutôt qu’ânonner qu’il faut sauver le système par répartition sans dire comment, une décision intelligente aurait consisté à le compléter par un mode de financement peu influencé par le vieillissement de la population. La solution consisterait à s’inspirer du régime additionnel de la fonction publique (RAFP), régime par capitalisation qui distribue aux fonctionnaires deux milliards d’euros par an, en complément de leur retraite par répartition. À l’Assemblée, je propose d’élargir le principe du RAFP à tous les salariés du privé. Un fonds serait créé et abondé par un prélèvement de 0,1 à 2% du salaire brut, également réparti sur la part salariée et employeur et partiellement compensée par une baisse de la Contribution sociale généralisée. Les revenus de ce fonds seraient versés aux retraités en plus de leur retraite de base. Le fonds serait garanti par l’État et donc protégé des aléas du marché. Il serait aussi garanti contre l’État lui-même, pour lui interdire d’y piocher afin de payer ses fins de mois.

En n’introduisant pas de capitalisation, ce projet de loi sur les retraites rate une autre cible, celle de l’enrichissement du pays.

En n’introduisant pas de capitalisation, ce projet de loi sur les retraites rate une autre cible, celle de l’enrichissement du pays. Car quand un pays doté d’un fonds souverain tel que je le propose, veut investir dans l’économie, il peut compter sur les actifs de ce fonds. Dans les pays de l’OCDE qui disposent de fonds de capitalisation, ceux-ci représentent en moyenne 64% de leur PIB. Imaginons la prospérité de notre pays si, doté d’un fonds de capitalisation collective, il avait 64% de son PIB à placer dans les start-up, les investissements d’avenir, la recherche, l’innovation, le changement climatique ou le virage numérique et l’intelligence artificielle… En choisissant de ne pas compléter le système par répartition avec de la capitalisation, on rate l’occasion de se doter d’un puissant outil de développement économique.

La loi sur les retraites rate une dernière cible : celle de garantir la retraite des fonctionnaires. Leurs futures pensions ne sont gagées sur rien, sinon par de la future dette. Je souhaite que les trois fonctions publiques provisionnent les retraites de leurs agents, en réservant cette obligation aux futurs entrants pour des raisons de faisabilité budgétaire. Une telle mesure garantirait aux fonctionnaires de toucher, le moment venu, une vraie retraite.

La loi sur les retraites, en demandant aux Français de travailler plus, va mécaniquement améliorer l’équilibre financier du système. C’est nécessaire et j’en soutiens le principe. Mais cette loi est une petite loi, comptable, à courte vue. Les problématiques de fond et de long terme sont ignorées. À cette étape, le projet du gouvernement brille par ses occasions ratées. Faisons le vœu que la discussion parlementaire l’améliore. Avec mes amis députés et sénateurs, nous allons nous y employer.

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