La retraite par capitalisation, une réforme sociale, économiquement vertueuse et patriotique – L’Opinion

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Le député Les Républicains est l’un des rares parlementaires à porter la voix de la capitalisation à l’Assemblée.

Vous êtes un des rares parlementaires à défendre la capitalisation collective. Pourquoi ?

Parce que la question démographique est le grand impensé de cette réforme. Dès lors que la population vieillit, notre système par répartition nous condamne à perpétuellement repousser l’âge de départ la retraite. En plus, cela affaiblit le pays.

Pourquoi ?

Prendre 100 dans la poche du travailleur pour la mettre dans la poche du retraité pèse sur le pouvoir d’achat du premier sans beaucoup enrichir le second et ne bénéficie en rien à l’économie. Voilà pourquoi je plaide avec quelques collègues à l’Assemblée pour deux choses dans cette réforme : économiser et provisionner.

C’est-à-dire ?

Seul un Français sur deux a accès à un produit d’épargne comme l’assurance-vie. Instaurer une dose de capitalisation obligatoire permettrait aux plus modestes d’économiser de manière solidaire et collective. Cela augmenterait le niveau des retraites futures tout en généralisant le partage des profits. Je préfère que les dividendes de Total nourrissent un fonds de capitalisation pour les retraités français plutôt qu’un fonds de pension américain. C’est enfin un acte patriotique puisque l’argent collecté serait réinjecté dans l’économie française.

Il faut que les hommes politiques cessent de penser les politiques publiques à la hauteur de leur mandat

Comment y arriver ?

Je propose d’élargir le Régime additionnel de la fonction publique (RAFP) dont bénéficient tous les fonctionnaires à tous les salariés du privé. Le fonds souverain ainsi créé doit être garanti par l’Etat, mais contre l’Etat. Dans le passé, beaucoup de gouvernements, y compris de droite, ont puisé sans vergogne dans le Fonds de réserve des retraites pour finir les fins de mois. Il faut s’en prémunir.

Comment gérer la période de transition qui imposera de financer en même temps les retraites de nos aînés et la constitution d’un fonds de capitalisation ?

En commençant immédiatement ! En médecine, quand je plaide pour le doublement du nombre de médecins, on me répond que ça prendra dix ans. Mais cela fait vingt ans qu’on en parle ! Il faut que les hommes politiques cessent de penser les politiques publiques à la hauteur de leur mandat. Faisons aujourd’hui le nécessaire pour la France non pas de demain, mais d’après-demain. Si, demain, je suis en possibilité d’avoir des responsabilités, je ferai très rapidement cette réforme des retraites en ne touchant plus à l’âge de départ, mais en activant le levier de la capitalisation. Ce sera la mère de toutes les réformes pour enrichir les futurs retraités et le pays.

Vous parliez des provisionnements…

C’est ma seconde croisade. J’ai déposé plusieurs amendements pour que l’Etat provisionne la retraite des fonctionnaires. Je propose que tout nouvel entrant dans la fonction publique à compter de 2024 voie sa retraite provisionnée. Cela garantirait leurs pensions par autre chose que de la dette et permettrait que l’on soit plus attentif à l’embauche des fonctionnaires.

Pourquoi LR ne porte pas plus franchement le sujet de la capitalisation ?

Parce que l’attention est concentrée sur les 64 ans. Mais nous sommes quand même les plus ouverts à cette discussion et par mon intermédiaire, nous sommes le seul groupe à avoir porté des amendements sur le sujet. Une fois arrivé au pouvoir, la réforme des retraites sera la première à mettre sur la table, sans toucher à l’âge de départ. Les Français comprendront qu’il s’agit d’une réforme sociale, vertueuse économiquement et patriotique. Même si j’ai conscience que c’est un peu inaudible pour l’instant.

On souffre d’une vision tronquée de ce qu’est un fonds de pension

Pourquoi ?

On souffre d’une vision tronquée de ce qu’est un fonds de pension. Mais je serais curieux de savoir si les responsables politiques contre la retraite par capitalisation possèdent des contrats d’assurance-vie. Ce serait paradoxal. Au fond, nous vivons dans un pays qui, au nom de l’égalité sociale, promeut l’inégalité. C’est vrai pour les retraites, mais aussi pour beaucoup de services publics. Que l’on parle de l’éducation ou des soins hospitaliers, ce sont les plus modestes qui payent le prix de nos renoncements. Les plus aisés s’en sortent toujours.

Quel regard portez-vous sur la rudesse des échanges à l’Assemblée ?

La démocratie parlementaire a été inventée pour que les oppositions, même farouches, se passent à l’intérieur de l’Assemblée plutôt que dans la rue. Arrêtons de vouloir tout aseptiser. Le vrai sujet qui pose problème, c’est la procédure parlementaire. Au Parlement européen, nous avions des amendements de compromis pour lesquels les représentants des groupes se réunissaient calmement. Là dès qu’un amendement porte votre nom, vous avez des sites qui soulignent votre activité. Du coup on se retrouve avec des centaines d’amendements similaires. Comme disait Patrick Devedjian : « Le Parlement ne fait pas la loi, il la subit. » Un vrai travail est à mener sur notre fonctionnement institutionnel.

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