« La dette nous étouffe et échappe à tout contrôle » – le JDD – 12 juillet

ALERTE — Avec une croissance en berne, la spirale de l’endettement s’emballe. Le rapporteur du budget plaide pour un rétablissement de la réforme des retraites dès cette année.

PRESSION — Le Premier ministre porte à 9 milliards d’euros le montant des coupes budgétaires pour tenir les 5 % de déficit.


Le comité d’alerte des finances publiques prévoit un gel de crédit de trois milliards d’euros supplémentaires qui viennent s’ajouter aux six déjà décidés pour tenir les 5 % de déficit cette année. Diriez-vous que la situation est inquiétante ?

La situation est évidemment extrêmement inquiétante. La dette nous étouffe et échappe progressivement à tout contrôle. Les gels de crédits annoncés sont mal définis et seront probablement très insuffisants. Avec une croissance révisée à 0,7 % et des taux d’intérêt au plus haut depuis 2009, l’objectif de 5 % de déficit est hors d’atteinte pour 2026.

La dette va augmenter avec un risque d’effet boule de neige. Elle dévore nos marges de manœuvre et nuit à notre crédibilité. Elle nous expose à nous voir imposer des réformes que nous n’aurons pas choisies. La réduction de la dette n’est pas qu’une question budgétaire, c’est une question qui touche aux Français et à la souveraineté de la France.

Comment l’éviter ?

La Cour des comptes a analysé ce que nos voisins ont mis en œuvre pour sortir de la spirale de l’endettement. Nous devons en tirer plusieurs enseignements.

Premier enseignement, la France doit impérativement baisser son déficit en baissant ses dépenses, et en se dotant d’une règle d’or et d’une loi contraignante de programmation des finances publiques.

Deuxième enseignement, la seule discipline budgétaire ne suffira plus car, isolée, elle peut s’accompagner d’un ralentissement de la croissance comme en Italie, et même d’une dégradation du ratio dette sur PIB. C’est pourquoi il faut simultanément mettre en œuvre des transformations structurelles radicales et massives : simplifier le cadre réglementaire pour stimuler compétitivité et innovation, réformer notre modèle social — en particulier les retraites et le marché du travail —, refonder notre fiscalité et mobiliser l’épargne avec la mise en place d’un fonds souverain. Tout cela pour créer les conditions d’une indispensable croissance de 2,5 % ou 3 %.

Troisième enseignement, le coût social de ces réformes doit être anticipé pour être accepté.

Pourquoi les gouvernements successifs semblent reculer ou différer ce traitement de choc salutaire ?

On touche là à la cause profonde de nos épreuves : l’impuissance des pouvoirs. Sans majorité ni cap, les gouvernements sont sous la pression de groupes d’intérêt très puissants et d’une administration qui choisit d’appliquer ou non les lois, puisqu’une part importante des décrets ne sont jamais publiés. Dans ces conditions, il est impossible de réformer en profondeur.

J’ajoute que beaucoup, dans la classe politique, continuent de considérer que les dépenses publiques sont plus une solution qu’un problème. Le report de la réforme des retraites en est l’illustration. En Espagne et en Italie, la prise de conscience collective de la situation a facilité les réformes.

Des mesures peuvent-elles être prises rapidement néanmoins ?

Si vraiment on veut inverser la tendance, il faut par exemple revenir sur la décision prise l’année dernière de suspendre la réforme des retraites. Cette suspension coûtera 1,8 milliard d’euros en 2027. Il est impossible de réduire significativement les dépenses publiques si on ne touche pas à la première d’entre elles, les retraites. Et cessons d’ouvrir des droits nouveaux et d’inventer des dépenses nouvelles.

Craignez-vous que le gouvernement ait recours à de nouvelles hausses de fiscalité ?

Il faut à tout prix l’éviter. Or ma crainte, c’est que sans baisse des dépenses, et pour écoper, on ne soit tenté d’augmenter encore la fiscalité. Nous sommes déjà champions des prélèvements obligatoires : cessons d’alourdir la charge des contribuables et des entreprises.

Quand vous augmentez l’impôt d’une société, il y a toujours une répercussion, soit sur le consommateur, soit sur l’investissement, soit sur l’emploi. Remédier à l’état de choses désastreux de nos finances est une tâche immense. D’autres y sont parvenus. La France, aussi, a tous les atouts pour retrouver le chemin de la prospérité. Il suffit de le décider.

Propos recueillis par Antonin André.

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