Carburants : « En l’état, ces nouvelles aides sont financées par de la dette supplémentaire » – mon interview dans Le Parisien

LE DÉPUTÉ LR Philippe Juvin, rapporteur général du budget, appelle à un grand plan d’économies, supérieur aux ambitions jusque-là rendues publiques par l’exécutif.

Sébastien Lecornu annonce un changement d’échelle et non de philosophie quant aux aides sur le carburant. Ce discours vous rassure-t-il ?

PHILIPPE JUVIN. Oui et non. Ce qui me rassure, c’est la prudence du Premier ministre sur les nouvelles aides annoncées. Il est évident que l’on ne peut pas reproduire ce qui a été fait entre 2022 et 2023. En revanche, j’ai une vraie inquiétude. On ne sait pas comment ce « changement d’échelle » sera financé.

L’effort est de 1,2 milliard d’euros (Md€) au total entre les aides déjà annoncées et les nouvelles. La France peut-elle se le permettre ?

C’est toute la question. Toute aide supplémentaire vient détériorer davantage un budget déjà dégradé. Et le contexte est particulièrement inquiétant, avec des taux d’intérêt élevés, un prix du baril de Brent élevé, une inflation quasiment au double de l’hypothèse initiale et une croissance à la baisse. Rappelons-le : chaque hausse de 10 $ du baril de pétrole sur un an coûte 0,1 % de croissance. Or le budget a été construit sur un baril à 65 $, nous sommes bien au-dessus. La situation est très préoccupante.

Les 6 Mds€ d’annulations de crédits annoncés par le gouvernement sont-ils déjà obsolètes ?

La France n’a aucune marge de manœuvre. Quand ces 6 Mds€ ont été annoncés, j’ai dit qu’il en fallait plutôt 8. Je n’ai pas été entendu. Alors je le répète aujourd’hui : la fourchette devrait se situer entre 8 et 10 Mds€. Et pour mettre les choses en perspective : 9 Mds€, c’est seulement 0,3 % de déficit en moins. Ce n’est pas rien mais ce n’est pas suffisant. Et je n’ai pas entendu le Premier ministre expliquer comment ces nouvelles aides seraient financées.

Faut-il s’attendre à ce que la France n’atteigne pas ses objectifs budgétaires ?

En se fixant un objectif de déficit de 5 % en 2026, ils n’étaient de toute façon déjà pas respectés. Il fallait plutôt viser 4,1 % ou 4,2 %.

L’absence de marge de manœuvre ne pousse-t-elle pas à une hausse de la fiscalité ?

Ce serait une erreur. Cela fragiliserait sérieusement notre compétitivité. Notre marge de manœuvre, c’est la dépense. En l’état, ces nouvelles aides sont financées par de la dette supplémentaire. La loi nous permet d’annuler ou de reporter 1,5 % des crédits votés sans loi de finances rectificative. Nous devons utiliser ce levier.

Mais que dire aux Français qui subissent un prix très élevé à la pompe et qui ne bénéficient d’aucune aide ?

Il faut leur tenir un discours de vérité. La France n’a plus de marges de manœuvre. Rappelons que 60 % des Français bénéficient aujourd’hui d’une forme de redistribution. Dire que l’État n’aide pas serait faux. Notre système est profondément redistributif. Mais nous sommes intoxiqués à la dette et à la dépense publique. Vous connaissez l’adage : « Il n’y a pas de repas gratuit. »

Quelles pistes d’économies préconisez-vous ?

Il y en a une concrète et immédiate. L’inflation va mécaniquement entraîner une revalorisation du smic, ce qui augmentera d’autant les allégements de charges sur les bas salaires. Je propose que ces allégements de charges ne soient pas indexés sur l’inflation. Cette seule mesure permettrait de dégager 1,5 Mds€ d’économies.

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