Présidentielle 2027 : unir la droite et le centre autour d’une charte et d’une primaire ouverte – ma tribune dans l’Opinion

Pour éviter une nouvelle élimination, la droite et le centre doivent désigner un candidat unique via une primaire ouverte, estime le député LR Philippe Juvin.


Il faut regarder la réalité en face : jamais le décalage entre les attentes des Français et les résultats électoraux n’a été aussi marqué. Une majorité aspire à l’ordre, à l’efficacité de l’Etat, à la maîtrise des flux migratoires et au sérieux budgétaire. Pourtant, ces attentes ne débouchent pas sur une majorité politique stable. Ce désalignement tient aussi à l’incapacité de la droite et du centre à structurer une offre claire, lisible et crédible.

Depuis des années, la vie politique s’enferme dans des logiques d’évitement. Les « fronts républicains » ont remplacé les projets, les accords de second tour les convictions. On ne cherche plus à rassembler, mais à éliminer. A ce jeu, la droite et le centre se sont marginalisés.

Le paysage s’organise désormais en trois blocs : une droite radicale unie et disciplinée, une gauche fragmentée mais capable de s’agréger aux moments décisifs, et, entre les deux, une droite et un centre de gouvernement divisés, alors même qu’ils devraient constituer le cœur de gravité du pays.

Les municipales l’ont montré : unis, la droite et le centre gagnent ; divisés, ils perdent, parfois même en étant majoritaires en voix. Cette fragilité s’est accrue avec l’entrée de responsables issus des Républicains dans les gouvernements d’Emmanuel Macron : une partie de la droite et du centre gouverne désormais ensemble. Cette réalité impose d’assumer un bloc commun – qui reste pourtant sans cadre, sans règles et sans méthode.

Un problème d’organisation, pas de fond

La difficulté n’est pas d’abord idéologique, mais organisationnelle. Sans règles claires, les ambitions s’entrechoquent au lieu de se structurer. Dans une présidentielle, cette dispersion mène à l’élimination. Un bloc uni est qualifié ; un bloc divisé disparaît.

La droite et le centre doivent donc présenter un candidat unique au premier tour. Comment y parvenir ? Certainement pas en s’en remettant aux sondages et à un potentiel candidat naturel. Ils sont volatils, réversibles, et chacun pourra toujours invoquer les précédents de candidats donnés perdants avant de l’emporter pour justifier son maintien. Cette logique nourrit l’addition des candidatures plutôt que leur convergence.

Pas davantage par une désignation d’appareil. Imposer un candidat depuis le sommet à des électorats différents – du Modem à LR en passant par Horizons ou Renaissance – reviendrait à ignorer la défiance croissante envers les états-majors. Sans participation des électeurs, il n’y a ni adhésion, ni mobilisation.

Les primaires fermées, réservées aux seuls militants, ne constituent pas davantage une solution. Elles réduisent le corps électoral à une minorité engagée, souvent plus radicale que l’ensemble des sympathisants. Elles conduisent de fait à imposer le choix d’un parti aux autres et à exclure la majorité des électeurs. Dans un espace politique fragmenté, ce mécanisme est voué à l’échec.

La primaire ouverte, seule voie possible

Reste une seule voie : une primaire ouverte à tous les électeurs se reconnaissant dans un socle commun. Encore faut-il en définir les modalités pour éviter les écueils du passé. Un scrutin à un seul tour afin d’éviter les fractures prolongées. Un vote préférentiel permettant aux électeurs de classer les candidats. Ce système favorise l’émergence d’un candidat capable de rassembler au-delà de son socle initial, en valorisant les profils de synthèse plutôt que de division. Il limite les stratégies d’élimination et encourage les campagnes de conviction.

Une telle primaire doit aussi être précédée d’une clarification politique. Elle ne peut être une simple compétition de personnes : elle doit reposer sur une charte de valeurs et d’engagements – autorité de l’État, exigence économique, responsabilité budgétaire, confiance dans la société, engagement européen. Tout candidat qui signera la charte pourra participer. Et tout candidat acceptera par avance le résultat et s’obligera à soutenir le vainqueur.

Enfin, la réussite de ce processus repose sur son ampleur. Plus la participation sera large, plus la légitimité du candidat désigné sera forte. Une mobilisation de plusieurs millions d’électeurs transformerait cette désignation en véritable moment démocratique, capable de structurer durablement l’espace politique de la droite et du centre. Il construirait sa légitimité.

Le temps n’est plus aux hésitations. Le socle, les règles et le calendrier doivent être fixés maintenant. Attendre, c’est s’effacer. S’organiser, c’est exister. Refuser de le faire, c’est laisser le pays sans réponse.

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