Face à une jeunesse désemparée, ne laissons pas le virus avoir le dernier mot – L’Opinion du 03/03/2021

« Face à une jeunesse désemparée, ne laissons pas le virus avoir le dernier mot ».

La tribune de Philippe Juvin et Bernard Belloc

Lire la tribune sur le site de L’Opinion

La crise sanitaire n’affecte pas seulement les personnes âgées. Elle a des conséquences dramatiques sur la jeunesse. Sans même évoquer les Covid longs, un tiers des étudiants souffrent de troubles anxio-dépressifs, et les jeunes sont plus exposés que les adultes au stress, à l’anxiété et à la dépression. La disparition des jobs les prive de revenus. L’enseignement en distanciel et la rareté des stages aggravent l’isolement et nuisent à la formation.

Avec ou sans remontée de l’épidémie, la lenteur de la vaccination fait craindre que cette situation ne perdure. Nous croyons donc à la nécessité d’une stratégie structurée d’ensemble, dont l’objectif serait de rompre l’isolement et d’améliorer les conditions matérielles des étudiants.

La priorité absolue est le retour immédiat sur les bancs des universités et des écoles. Une décision du président de la République avait déjà permis un accueil dans la limite de 50 % de remplissage des salles et de 20 % de la capacité globale des établissements. L’intention était louable. Mais prise sans concertation avec le terrain, cette mesure a échoué : seule une minorité d’étudiants est revenue en présentiel.

Notre proposition est simple : que les présidents d’université ouvrent dès maintenant tous les enseignements en présentiel, en conservant un remplissage maximum de 50 % des salles. Comment ? En doublant les cours, par télétransmission dans une salle voisine ou en les répétant. Certains objectent qu’il n’y a pas suffisamment de locaux ? On répond en ouvrant très largement les établissements, tous les jours de la semaine, y compris le week-end, et pendant les vacances scolaires si besoin. En refondant les emplois du temps pour étaler au maximum les cours, on peut accueillir tout le monde à demi-effectifs tout en assurant des jours de repos pour remplacer les vacances, samedis et dimanches travaillés. Bref, au moins le temps de la pandémie, il faut organiser un enseignement mixte digne de ce nom, c’est-à-dire combinant présentiel et distanciel : passage dans les établissements et travail chez soi, et ne pas se contenter d’un enseignement en ligne, générateur de solitude et d’isolement.

Au Royaume-Uni, les enseignants ont reçu du matériel pour se tester en quelques minutes deux fois par semaine chez eux. Positifs, ils restent à leur domicile. Négatifs, ils vont travailler en respectant les gestes barrière. 

Auto-tests. La seconde mesure est complémentaire de la première. Elle consiste à faire confiance aux étudiants et professeurs en leur fournissant des auto-tests. Au Royaume-Uni, les enseignants ont reçu du matériel pour se tester en quelques minutes deux fois par semaine chez eux. Positifs, ils restent à leur domicile. Négatifs, ils vont travailler en respectant les gestes barrière. La Grande-Bretagne a commandé 384 millions de ces kits rapides, qui sont aussi autorisés aux Etats-Unis et en Allemagne. Pendant ce temps, la France persiste à les interdire car ils sont moins performants pour détecter les malades que les techniques de RT-PCR faites au laboratoire.

Effectivement, les tests PCR ont moins de faux négatifs, mais ils sont lents et inadaptés à un dépistage quotidien. Et il a été clairement montré que la multiplication des autotests (rendue possible par leur facilité de réalisation) contrebalançait leur imprécision. Si chaque étudiant et enseignant pouvait se tester chez lui ou sur le campus deux fois par semaine, on sécuriserait le retour en présentiel. Avantage non négligeable, on en ferait aussi les acteurs d’un retour à la normale et non plus des sujets passivement soumis à des interdictions multiples.

La troisième mesure à prendre consiste à rouvrir musées et cinémas à partir de cette nouvelle stratégie de test, dans le respect des mesures barrières et de jauges très réduites et en dotant les bâtiments de systèmes d’évacuation de l’air. On pourrait aussi inclure les salles de spectacle où on est assis et silencieux.

La quatrième mesure vise à valoriser les étudiants qui ont fait preuve de solidarité depuis un an. Nous proposons que les activités « faisant société » (participation aux banques alimentaires, entraide entre étudiants, visites des personnes âgées…) soient mieux et systématiquement valorisées par l’octroi de crédits ECTS.

Il faut l’accélérer l’organisation de la vaccination 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 sur chaque campus, sans attendre l’été comme cela a été évoqué.

Faciliter l’embauche. La cinquième mesure concerne les stages. Si le gouvernement a fait le bon choix en encourageant l’embauche d’alternants (plus de 500 000 contrats signés en 2020), il a oublié les stages. Ceux-ci sont pourtant obligatoires, mais ils n’ont jamais été aussi rares. Nous proposons de faciliter l’embauche des stagiaires par une simple mesure prise par ordonnance : suspendre immédiatement tous les « quotas » qui limitent l’embauche d’un stagiaire par une entreprise (nombre de stagiaires autorisés par société, délai de carence à respecter entre deux contrats). Aujourd’hui par exemple, une entreprise de vingt salariés n’a pas droit à plus de trois stagiaires. Nous proposons qu’elle puisse en embaucher autant qu’elle veut le temps de l’épidémie.

La sixième mesure concerne les aides directes. En repensant notre système de redistribution — qui n’incite guère au travail et ne favorise pas l’égalité des chances — et grâce aux économies que l’on pourrait réaliser en luttant contre la fraude (qu’un livre récent évalue à l’équivalent du budget de l’Education nationale), il faut réfléchir à un « revenu universel » étudiant, comme alternative au moins temporaire à des prêts étudiants.

La septième mesure concerne la vaccination : il faut l’accélérer en l’organisant 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 sur chaque campus, sans attendre l’été comme cela a été évoqué. Plusieurs propositions ont été faites pour combattre la pénurie de vaccins. Nous n’y reviendrons pas ici.

A l’exception des deux dernières, ces mesures peuvent être mises en œuvre immédiatement. Elles n’ont aucun coût si ce n’est celui de la lutte contre l’épidémie. Leur pertinence devra être réévaluée en cas de remontée franche de l’épidémie. Mais en attendant, prises ensemble, ces mesures basées sur la confiance permettraient aux étudiants de rompre leur isolement, de reprendre le chemin de la connaissance et de retrouver une vie sociale essentielle pour se construire.

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