Mon entretien pour Le Figaro – 21 novembre

ENTRETIEN – Le rapporteur général du budget à l’Assemblée nationale appelle le Parti socialiste à « ne pas demander plus que ce qu’ils sont en droit d’obtenir ». « Il n’y a pas à l’Assemblée nationale que des incompétents, des révolutionnaires ou des petites têtes », tente-t-il de rassurer.

Après l’examen de la partie recettes du budget, le texte s’apprête à être rejeté à l’unanimité de l’Hémicycle à l’Assemblée nationale. Comment l’expliquez-vous ?  Je veux d’abord avec tout rassurer. En dépit de tout ce que l’on peut dire et du brouhaha qu’il peut y avoir à l’Assemblée nationale, il y a ici une majorité de gens responsables. Ce, presque sur tous les bancs. Des députés qui souhaitent aminima réussir deux choses en même temps : faire passer le déficit sous les 3% en 2029 et soutenir l’activité des entreprises. Lorsque l’on regarde la copie actuelle, nous n’y sommes pas. 

Quand l’État augmente les taxes au-delà du raisonnable, il ne taxe plus la richesse, il la fait fuir.

Mais après le rejet du texte, il y aura une deuxième phase, celle du Sénat, puis une troisième, celle de la commission mixte paritaire. Ce moment sera important car il réunira justement ces personnes responsables. Elles tiendront la plume. C’est à ce moment-là que nous devrons faire en sorte que notre voix porte. Nous veillons au grain et j’envoieun message à toutes les entreprises. Il n’y a pas à l’Assemblée nationale que des incompétents, des révolutionnaires ou des petites têtes. Il y a aussi des gens raisonnables. 

Vous espérez donc un accord en commission mixte paritaire (CMP), où sept sénateurs et sept députés se réuniront à huis-clos pour tenter de dégager un consensus ?

Oui, j’espère une CMP conclusive, comme ce fut le cas l’an dernier sous François Bayrou. Nous pouvons atterrir sur un texte raisonnable qui rassurera et encouragera les entreprises. Cela donnera un signal. Par exemple, nous sommes une majorité à penser qu’il faut diminuer la dépense publique. Nous sommes également une majorité à vouloir revenir sur toutes les taxes folles qui ont été votées à l’Assemblée. Nous pouvons également probablement trouver un accord sur l’indexation des retraites en revenant sur la copie du gouvernement. Ensuite, nous essayerons de convaincre les députés. Et nous mettrons chacun devant ses responsabilités.

En clair, vous vous apprêtez à rompre l’accord de Sébastien Lecornu avec le Parti socialiste.

Le deal du Premier ministre avec le PS, ça n’était pas 38 milliards de hausse d’impôts supplémentaires avec des taxes illégales. Les socialistes ont obtenu la suspension de la réforme des retraites, à laquelle je suis totalement opposé. Si encore cela avait été pour solde de tout compte… Mais là, ils en demandent sans cesse plus. Dans cette négociation, ils ne peuvent pas demander plus que ce qu’ils sont en droit d’obtenir.

Si vous réussissiez, avec la droite et le centre, à trouver un accord en CMP, vous vous retrouveriez, comme l’an dernier, avec une Assemblée nationale qui décidera de retoquer ce budget…

Je suis favorable à ce que le gouvernement revienne sur sa décision de ne pas utiliser le 49.3 pour faire adopter ce texte. Mais effectivement, si ce n’est pas le cas, il y a des fortes chances que le texte essuie un avis négatif et que l’on soit ensuite trop courts sur les délais. Dans ce cas, le gouvernement aura le choix entre une loi spéciale ou les ordonnances. Comme Sébastien Lecornu a d’ores et déjà dit qu’il n’utiliserait pas ces dernières, nous aurons donc certainement une loi spéciale. Mais cela signifie que, dès le retour à l’Assemblée, en janvier, nous devrons tout de même poursuivre l’examen du projet de loi de finances.

La France aura-t-elle un budget avant Noël ?

Oui, la France aura un texte avant Noël : un budget, une loi spéciale ou des ordonnances. Il faut arrêter de fantasmer sur le « shutdown ». Nous devons juste trouver les meilleures voies constitutionnelles pour y arriver. Mais entre la stabilité à tout prix versus le texte raisonnable à tout prix, je choisis la seconde solution : baisser la dépense et favoriser l’activité. Un risque majeur nous guette, c’est une crise obligataire mondiale : nous serions les premiers exposés, nous sommes très fragiles. Nous devons donc absolument reconstituer des marges de manœuvre en respectant notre trajectoire de désendettement.

Le pari du gouvernement de laisser la main aux parlementaires est-il perdu ?

Il ne pouvait pas être gagné. Nous avons eu le texte avec 15 jours de retard, et celui-ci était mal ficelé. Nous ne pouvons plus travailler dans ces conditions. Pour bâtir des compromis, il nous faut du temps. Nous aurions pu nous mettre d’accord sur deux trois mesures et faire adopter un budget. Quand on parle en privé, avec les socialistes y compris, beaucoup sont plus raisonnables qu’en public. Le responsable n’est pas Sébastien Lecornu. Il faut se rappeler les conditions chaotiques dans lesquelles il est arrivé.

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