Retrouvez ma tribune dans Le Monde – Pourquoi la Droite est devenue archaïque ?

Il y a un an, j’alertais dans une tribune publiée dans la presse sur les risques de la ligne qu’empruntaient alors Les Républicains. Je proposais une autre voie. Laurent Wauquiez avait tout refusé en bloc. Et ce dimanche, nous avons vécu notre 6ème défaite consécutive à des élections générales.

La Droite est-elle donc condamnée à perdre ? Oui, si elle ne rompt pas avec un certain archaïsme.

En quoi la Droite est-elle devenue archaïque ? En ne parlant plus que d’identité et d’immigration. En faisant partir tous ceux qui ne sont pas d’accord. En ne se retrouvant qu’avec la frange la plus conservatrice de son électorat. En ayant un bureau politique verrouillé aux ordres du Président. En ayant des chefs qui s’accrochent jusqu’à emporter tous les autres dans la défaite. En étant déconnectée de la société et de ses nouveaux enjeux.

Les dernières semaines ont été terriblement révélatrices des maux de la Droite, qui est apparue pour ce qu’elle était devenue : dirigiste, populiste, sourde et eurosceptique. Alors qu’elle aurait dû être libérale, la Droite a condamné la mise en concession d’Aéroport de Paris. Alors qu’elle aurait dû être sociale et rester le parti de l’ordre, la Droite n’a pas su répondre à la désespérance des gilets jaunes ni même condamner leurs exactions. Alors qu’elle pouvait être fière du bilan de ses eurodéputés sortants, la Droite s’est montrée eurogrincheuse, promettant une pseudo-refondation de l’Europe sans jamais en dessiner les contours.

Maintenant tout le monde chez les Républicains veut « tout remettre à plat ». Mais cela fait deux ans que cette formule est répétée jusqu’à en être devenue vide de sens. « Tout remettre à plat » est la formule magique de tous ceux qui ne veulent rien changer. Comment tout remettre à plat sans changer le chef, les structures, en gardant les mêmes hommes et les mêmes idées ? Et même cette demande de « revenir aux fondamentaux de la Droite », de « donner la priorité au débat d’idées », séduisante, est un piège. Car sans le dire, chacun espérait que la refondation se fasse dans son seul sens. Chacun rêvait d’une Droite qui ne fut que sa Droite, à l’exclusion de toutes les autres. Dans cette course à la « refonte intellectuelle », les plus organisés ont gagné. C’est l’aile conservatrice qui a imposé le tempo. Le choix d’un candidat antiavortement comme tête de liste, alors que le Parlement européen vote sans cesse sur ces sujets, est révélateur. En ne se reconstruisant qu‘avec une seule fraction, la Droite s’est miniaturisée. Sous Nicolas Sarkozy, il y avait évidemment une ligne majoritaire. Mais l’UMP acceptait toutes les voix, de Nicolas Dupont-Aignan à Jean-Pierre Raffarin. Aujourd’hui, la ligne majoritaire, obnubilée par l’identité et l’immigration, nie surtout le droit aux autres de penser différemment. Là est le grand changement qui a rétréci la Droite : la fameuse refonte intellectuelle a été confisquée par quelques-uns. La Droite était plurielle, elle n’est plus qu’unique, et toute voix dissonante est exclue.

Les Républicains doivent redevenir pluriels. Est-ce trop tard ? Non, à condition d’aller rechercher tous ceux qui en sont partis, de retravailler sur le fond avec humilité, en réapprenant la tolérance, acceptant que tous ne pensent pas pareil, en réinvestissant le champ de l’économie, de l’environnement, de la santé, des questions sociétales. Nous devons redevenir libéraux en économie, dans la société et les mœurs. Mais cela ne suffira pas : il faut aussi immédiatement changer de chef et rendre la gouvernance démocratique. Il faut surtout adopter un nouveau rapport dédramatisé en politique. Au Parlement européen, nous travaillons avec tous les partis. Nous devons faire de même en France : soutenir une proposition, si elle nous semble bonne, qu’elle soit d’Emmanuel Macron ou d’un autre adversaire politique, doit pouvoir se faire sans être immédiatement excommunié.

Nous sommes devenus archaïques, réac, eurosceptiques, antilibéraux et poussiéreux. Nous devons réellement tout changer pour donner aux uns de bonnes raisons de revenir, et aux autres de bonnes raisons de ne plus partir. Ou alors préparons-nous à disparaître.

 

Philippe Juvin,

Président de la Fédération LR des Hauts-de-Seine