Présidentielles : Pour ou contre l’Europe. Et deux ou trois autres commentaires…

La Droite est donc parvenue à perdre cette élection imperdable. Alors que le pays n’a jamais été aussi solidement ancré à droite, alors que le bilan de la Gauche est si mauvais que François Hollande s’est trouvé dans l’impossibilité de se représenter, alors que le désir d’alternance n’a jamais été aussi fort, nous avons perdu. Notre famille politique ne sera pas au second tour pour la première fois de son histoire. Il faudra certes vite analyser les causes de ce désastre électoral, mais les priorités des semaines à venir sont ailleurs. Ne nous divisons pas. 

Il faut aujourd’hui faire un choix pour le second tour. Le projet économique de Marine Le Pen est insensé ; sa mise en œuvre nous conduirait à la faillite et à la catastrophe immédiate, politique, économique et sociale. Si nous voulons que la France puisse continuer à peser sur les affaires du monde, faisons tout pour qu’elle reste en Europe. Et quels que soient les sentiments négatifs que Macron peut nous inspirer, entre deux maux, c’est à dire entre le risque de la poursuite du déclin hollandiste et la faillite certaine, nous n’avons malheureusement pas le choix. Soutenir Emmanuel Macron au second tour ne veut pas dire que nous soutenons son projet, mais signifie que nous voulons faire barrage à une offre dangereuse. L’affaire n’est pas jouée, car bien malin celui qui peut assurer que le second tour est joué.

La présidentielle étant perdue, notre famille politique doit dès maintenant préparer les législatives si elle veut espérer peser sur les choix futurs. Et il lui faut les gagner pour revendiquer le leadership d’une nouvelle majorité parlementaire.

Pour gagner ces élections législatives, nous devons revenir à une ligne claire, en quatre ou cinq points essentiels. Etre fiers de l’identité nationale et résolument européens, car c’est l’Europe qui permet à la France d’exister. Parler aux plus modestes, car c’est la condition pour que les réformes structurelles soient acceptées. Assumer une ligne à la fois humaniste et de l’autorité, c’est à dire des droits et des devoirs.

Il nous faut soutenir Macron au second tour de la présidentielle pour empêcher la catastrophe, mais il nous faut absolument rester nous-mêmes. Car le risque, en n’étant plus nous-mêmes, est de disparaître en rendant au Front national l’immense service d’apparaître comme la seule force d’alternance.

Je ne sous-estime pas la complexité d’appeler à voter Macron au second tour et à se définir comme son principal adversaire aux législatives. Mais c’est la seule méthode d’action, pour la France et pour nos idées.

Ne pas être au second tour de l’élection témoigne enfin de la faillite d’un système qu’il faut profondément renouveler. Sous ses airs de gourou inspiré, Macron a donné un terrible coup de vieux aux partis politiques. Il ne faudra évidemment pas copier le candidat d’En marche, qui va devoir prouver aux Français qu’il n’est pas que le communicant ou le candidat des bobos. Il nous faudra aussi, de notre côté, réfléchir et mettre en œuvre un très profond renouvellement. Des idées, de la façon d’appréhender les rapports entre Majorité et Opposition, de nos structures et de la façon de désigner nos candidats. Vous savez combien je suis en particulier attaché à promouvoir ceux issus de la société civile. Mais là aussi, nous ne pourrons agir que si nous pouvons peser sur les choses. Et pour peser, il faut d’abord gagner les législatives.

Le chemin est étroit pour transformer une vraie déroute en un début de renouveau. La défaite n’est pas celle de nos idées. Les élections législatives nous donnent la chance ultime d’obliger le futur président à les prendre en compte et à le contraindre. Nous pouvons donner une majorité législative au pays qui ne soit pas la majorité de circonstances qui se sera exprimée au second tour de la présidentielle. Encore faut-il que nous ne nous divisions pas, et que les Français comprennent que, entre une Marine Le Pen inadaptée à la situation et un Emmanuel Macron tiraillé entre Robert Hue et Alain Madelin, nous sommes les seuls à avoir une colonne vertébrale.

 

Philippe JUVIN

Président des Républicains des Hauts-de-Seine