« Nous ne pouvons pas partir »

header-logo-lpPhilippe Juvin, député européen, maire UMP de La Garenne-Colombes (92), est également chef des urgences à l’hôpital Beaujon. Officier de réserve, il a effectué en 2008 une mission en Afghanistan avec l’armée française en tant que médecin militaire. Après plusieurs semaines sur le terrain (de mai à août 2008), il avait accompagné Nicolas Sarkozy à Kaboul le 18 août lors de la mort des dix soldats français pris dans une embuscade.

Comment jugez-vous l’évolution de la situation ?
Philippe Juvin. Déjà à l’époque, l’insécurité ne faisait que croître et la mobilisation des militaires était permanente. En revanche, l’accueil des populations locales nous était extrêmement favorable. Nous sentions que nous agissions pour l’intérêt des Afghans. Quand on envoie des soldats en opération extérieure, on doit s’attendre à des pertes, nous le savons. Le pire pour nos soldats, c’est de se sentir oubliés. Paradoxalement, il y a deux nouveaux paramètres positifs à prendre en compte. D’abord l’ouverture du dialogue avec les talibans : une discussion impensable il y a un an qui aujourd’hui est admise par tous comme une nécessité. L’autre amélioration, c’est la plus grande autonomie des forces de sécurité afghanes (la police et l’armée).

Quel est le rôle de la France ?
D’une part, elle garantit la sécurité. D’autre part, elle encadre les forces de sécurité afghanes pour que ces dernières acquièrent un savoir-faire et un professionnalisme. Enfin, elle aide la population civile par des actions régulières. Je me rappelle par exemple que 70 % des blessés de l’hôpital militaire français étaient des Afghans.

La France doit-elle rester en Afghanistan ?
Si la France n’y était pas, il se passerait deux choses. D’abord, la guerre civile éclaterait et nous assisterions à un bain de sang épouvantable. L’autre conséquence serait le risque de voir réapparaître la situation d’avant 2001, à savoir un régime obscurantiste et le rétablissement des camps d’entraînement terroristes d’Al-Qaïda. La conclusion, c’est qu’aujourd’hui nous ne pouvons pas partir, sans quoi le pays serait à feu et à sang. On doit rester, mais à deux conditions : poursuivre l’afghanisation et les négociations avec les talibans.

Propos recueillis par Constance de Bonnaventure | 02.08.2009, 07h00