Mes lectures

1Jules Romains: Les hommes de bonne volonté Numéro 2 : Jules Romains: Les hommes de bonne volonté
Une société peinte en 27 volumes du 6 octobre 1908 au 7 octobre 1933. Une foule de personnages, une multiplicité d’intrigues et des richesses incroyables. Quatre passages de toute beauté, parmi d’autres : Louis Bastide, l’enfant de Montmartre au cerceau enchanté avec ses précieuses bottes; le délicieux chien Macaire, découvrant à ras de terre un Paris insolite, Verdun et l’aspiration à la paix, le tapis magique de Jallez et de Françoise. (*****)

2A. Maurois: Les silences du Colonel Bramble
Un livre intelligent, drôle et profond. D’accès et de lecture facile, camouflant leur sagesse et leur profondeur derrière cette façade de facilité, “Les Silences du colonel Bramble” fait partie de ces textes dont la fantaisie spirituelle s’allie sans complexes avec le climat ironique et distancié du récit. Un livre à offrir à ceux dont on sait qu’ils en percevront toute la profondeur et qui peuvent être un lien avec l’absolu. (*****)

3Paul Claudel: Le soulier de satin ou « le pire n’est pas toujours sûr »
C’est une histoire d’amour absolue entre Dona Prouhèze et Rodrigue, des amants que la vie, le temps, la mer, la mort, des mots où scintille l’exigence de l’absolu – séparent. Prouhèze est mariée, Rodrigue est libre, Prouhèze se livre tout entière à son amour, et Rodrigue mettra une vie à comprendre. Une suite heureuse serait possible si l’on en croit le sous-titre de la pièce. A la condition que les amants acceptent que l’indispensable est supérieur à tout. (*****)

4Kleber Haedens: Une histoire de la littérature française N°1
Tout y est. Culture sans académisme. Exhaustivité avec esprit critique. Un régal. A goûter avec légereté ou à dévorer de façon avide. LE premier de tous les livres. (*****)

5Joseph Conrad: Typhon
On suit le Nan-Shan, bateau britannique en mer de Chine, au cours d’un typhon. Et on finit littéralement épuisé et essoufflé. Le style de Conrad, il est vrai traduit par Gide dans mon édition de la NRF, est coulant et favorise cette course en avant dans l’abime des mers. Ce qui aide la légèreté des phrases. « La sagesse de son pays avait décrété, au moyen d’un acte du Parlement, qu’avant d’être jugé digne d’assumer la charge d’un navire on devait avoir été reconnu capable de répondre à quelques simples questions au sujet des orages circulaires tels qu’ouragans, cyclones et typhons. » (*)

6Jacques de Bourbon Busset: Lettre à Laurence
Un livre en guise de lettre d’adieu à sa femme morte. Des sentiments disséqués. Parce que c’était elle, parce que c’était moi. Quelle chance. Beau parce que l’amour idéal. Histoire d’un amour perdu. Interdiction formelle de lire quand on est triste. (**)

7Eric-Emmanuel Schmitt: L’Enfant de Noé
Petit livre aisé à lire. Facile et drôle et triste. « Je préférerais mourir avec vous parce que c’est vous que je préfère. Je préférerais mourir avec vous parce que je ne veux pas vous pleurer et encore moins que vous me pleuriez. Je préférerais mourir avec vous parce que vous seriez la dernière personne que je verrais au monde. Je préférerais mourir avec vous parce que le ciel, sans vous, ça ne va pas me plaire, ça va même m’angoisser. » (*)

8Paul Morand: Bouddha vivant Paul Morand
Bouddha vivant. Première partie brillante comme l’est « l’Homme pressé », seconde partie très ennuyeuse. Mais le dernier chapitre sauve tout, avec la description très triste de l’échec des retrouvailles de deux anciens amants. « Comment repérer ici, à tâtons et dans le noir, la position exacte d’un sentiment que le temps, la distance, les vents contraires ont pu faire dévier ? » . Un sentiment ancien que chacun recherche mais qui s’est évanoui. L’ex amant comprend : « … vous dire adieu en vous remerciant de vous être trouvée sur ma route » « Je suis indigne. Je suis très indigne ». Il accompagna ces mots d’un sourire d’Orient, où il entre de la distance, de la politesse, de la cruauté ou de la douleur, mais de la joie, jamais. »

9Paul Leautaud: Passe-temps
Petit ouvrage riche en anecdotes et traits d’intelligence. Je ne sais pas s’il est ré-édité. J’ai eu la chance de m’en voir offrir un exemplaire de l’édition de 1926. L… rédigeait dans une revue la chronique dramatique sous le pseudonyme de B… A une répétition générale, on le présente à une dame qui ignorait cette dualité et s’amusait aux articles de théatre de B… Après les salutations d’usage, cette dame dit à L… avec curiosité : « Il paraît que vous connaissez très bien M.B… ? ». L… feint de s’assurer que personne n’entend, et se penchant à l’oreille de la dame aussitôt scandalisée : « Nous couchons ensemble. » Madame Aurel croit me dire une grande injure en m’appelant « crapaud » : J’ouvre le dictionnaire : « Crapaud, animal utile qui détruit la vermine ». Un bailli, qui n’a jamais fait grand’chose dans sa vie, disait toujours : « A quoi bon ? On n’a le temps de rien. La vie est trop courte ». Je lui dis : Mais pourquoi vous êtes-vous marié ? »- « Pour qu’elle paraisse plus longue » me répondit-il. La femme d’un écrivain connu est fort laide. « On comprend qu’il ait écrit le désespéré », dit L… la première fois qu’il la vit. (**)

M.Constantin Weyer: La Salamandre
Petit livre paru en 1930, très vivant sur l’existence d’une unité de chars en 1918. L’auteur raconte ses aventures. Portraits enlevés des pionniers des chars. L’intérêt principal de l’ouvrage réside en ce qu’il exprime clairement tout ce que la République doit à ses enfants appelés sous ses drapeaux. Une armée de réservistes dirait-on aujourd’hui. A qui l’on doit la victoire. J’y ai trouvé cette citation : « …les centurions, ralliant leurs cohortes, Humaient encor dans l’air où vibraient leurs voix forte La chaleur du carnage et ses âcres parfums. » L’ambiguïté des trois derniers mots est belle. (*)

11Bruno Le Maire: Des hommes d’Etat
Peinture de la vie quotidienne au pouvoir : Chirac, Sarkozy et Villepin. Rencontre de vies peu communes et de l’intérêt général. Agréable et vivant. Ce livre ne sombre pas dans les habituels défauts de ce type d’ouvrage que sont la flatterie ou la méchanceté. (*)

Paul Claudel et André Gide: Correspondance, 1899-1926
Claudel est fou. Fou de volonté de convertir Gide. Et amoureux aussi de lui, trahi par la découverte de son homosexualité à la lecture des « Caves du Vatican ». Un dialogue de passions, de fureurs, d’admirations mutuelles. Qui se termine par un aveu d’amour trahi : « Je ne lui reconnais aucun talent » de Claudel à propos de Gide. « Devant Claudel, je n’ai sentiment que de mes manques; il me domine; il me surplombe; il a plus de base et de surface, plus de santé, d’argent, de génie, de puissance, d’enfants, de foi, etc … que moi. Je ne songe qu’à filer doux ». (Journal d’André Gide, 15 mai 1925). « D’ailleurs avec le diable, on peut aller très bas, mais jamais très loin ». P.Claudel à A. Gide le 29/12/12. Pedibus et manibus incido in sententiam tuam. » P.Claudel à A.Gide le 10/8/09. « Le mal ne compose pas » P.Claudel 28/3/47 (**)

13Alain de Botton: Comment Proust peut changer votre vie
« Je crois que la vie nous paraîtrait brusquement délicieuse, si nous étions menacés de mourir comme vous le dites. Songez, en effet, combien de projets, de voyages, d’amours, d’études, elle – notre vie – tient en dissolution, invisibles à notre paresse qui, sûre de l’avenir, les ajourne sans cesse. Mais que tout cela risque d’être à jamais impossible, comme cela redeviendra beau ! Ah ! si seulement le cataclysme n’a pas lieu cette fois, nous ne manquerons pas de visiter les nouvelles salles du Louvre, de nous jeter aux pieds de Mlle X…, de visiter les Indes. Le cataclysme n’a pas lieu, nous ne faisons rien de tout cela, car nous nous trouvons replacés au sein de la vie normale, où la négligence émousse le désir. Et pourtant nous n’aurions pas dû avoir besoin du cataclysme pour aimer aujourd’hui la vie. Il aurait suffi de penser que nous sommes des humains et que ce soir peut venir la mort. » Marcel Proust, « Une petite question… », dans Contre Sainte-Beuve (**)

14Henri Béraud: Le Vitriol de Lune
Le vitriol de Lune est un roman d’Henri Béraud. Prix Goncourt 1922. Livre trouvé dans la bibliothèque de mon grand père. Probablement jamais ouvert par personne depuis 70 ans. D’ailleurs, l’idée qu’il ne sera plus ouvert avant les 70 prochaines années me donne le vertige ! Le vitriol de lune, pour ceux qui l’ignoreraient (comme moi il y a encore deux jours), est un poison. Et l’intrigue, simplissime bien que rédigée dans un style chaotique difficile à suivre, est celle d’un jeune homme et de son oncle qui tente d’assassiner Louis XV. Le roman comporte quelques rappels historiques bienvenus (l’histoire de Damien, qui fut écartelé Place de grêve pour sa tentative d’assassinat du roi). Mais son intérêt réside surtout, malgré ses grandes lenteurs, dans le vocabulaire. Riche, un peu vieillot et finalement déséspérant pour l’homme moderne que je pense être et qui s’aperçoit de ses lacunes considérables dans une langue qu’il croit pourtant (globalement) savoir. Extrait : « Ils ne cessaient de colporter ces médisances d’alcôve que pour se rabaisser entre voisins. Le cuisinier insultait le garçon de carrosse, le suisse humiliait le porte-plat, le concierge raillait le fouille-au-pot. Cette auberge borgne servait de rendez-vous aux valets de toutes sortes; on y voyait des piqueurs d’équipage, des brosseurs d’officiers, des cuistres de collège, des naquets de jeu de paume, des sautiers de mairies, des couillauds de chanoine, et quelques intendants déchus, qui se réunissaient à part, près de l’entrée. » Qu’est ce qu’un brosseur d’officiers, un cuistre de collège, un naquet de jeu de paume, un sautier de mairies, un couillaud de chanoine ? J’avoue mon ignorance. Mais quelle beauté et quelle richesse du mot !

Ernst Jünger. La Grande Guerre a près de 100 ans
D’où nous vient qu’elle marque toujours autant les consciences ? Les histoires de familles, celles que l’on se raconte (ou plutôt celles que l’on se racontait puisqu’on le seul temps dont on dispose se dépense désormais dans Facebook, Messenger ou … les blogs) et que l’on transmet de génération en génénation ? Quelle famille n’a pas eu un oncle un cousin ou un père qui fut blessé ou tué, ou qui en revint, tout simplement. Je connaissais Barbusse, Genevoix, Romain, Dorgeles, ou Remarque. Ou Céline, ou l’incroyable Maurois, dans un mode différent. Je confesse que je n’avais jamais lu Jünger. Je n’ai toujours pas lu Orages d’acier, je l’ai englouti. Ce journal de guerre est à couper le souffle. Tout ce qui a été écrit ailleurs, et qui est pourtant si bon, prend un arrière goût de plaine très très plate, là où Jünger franchit les montagnes, les ravins, les jungles et les océans. Avec Jünger, on y est. On croupit dans la tranchée. On a le trac avant l’assaut. On rentre les épaules lors des préparations d’artillerie. On se demande comment des gens civilisés on pu faire ça, avec la conscience claire qu’il y avait en face d’autres gens, civilisés. On reprend son souffle quand il épargne (dans un éclair d’humanité ?) un officier anglais qui brandit une photographie où on le reconnait avec sa famille sur une terrasse. Et on comprend qu’en fait, la mort était devenue une compagne que l’on acceptait. Lisez, lisez ! Vous ne serez pas déçu ! Dans la Pleïade ou en poche.

16Albert Camus René Char Correspondance 1946 – 1959
Je préfère Char à Camus, définitivement. Camus a raison sur tout, certes. Mais il est tellement vrai qu’il en devient ennuyeux. Char est aérien.  » l’envie d’écrire des poèmes ne s’accomplit que dans la mesure précise ou ils sont pensés et sentis à travers de très rares compagnons  » . Cette correspondance nous fait passer de la curiosité de découvrir deux beaux auteurs par leur quotidien à l’impression de participer un peu à leurs créations. « Les livres sont des présences luibérantes  » dit Char à Camus (juin 1950). IL a raison !

17La trahison des clercs, Julien Benda
Un des livres indispensables à l’exercice de la politique et de la démocratie. Clair et limpide. Mais très très dérangeant : personne n’est épargné. Aron en faisait un livre clé de sa réflexion. Julien Benda se propose de définir le rôle de l’intellectuel. L’intellectuel se doit de sortir de sa réserve dès lors que la vérité et la justice sont menacées. Il ne doit surtout pas s’impliquer dans les affaires courantes. Il doit se consacrer à ce qui est sa vocation première : la méditation, la connaissance désintéressée, l’amour du beau, toutes choses en somme qui le distinguent de l’homme de parti. A cette figure de l’intellectuel, Benda oppose ce qui, au moment où il écrit, est en passe de devenir l’une des figures les plus courantes de l’intelligentsia : l’intellectuel engagé dans un parti ou proche d’un parti. Benda a alors surtout à l’esprit les intellectuels de l’Action française. Benda y fustige « la tendance à l’action, la soif du résultat immédiat, l’unique souci du but, le mépris de l’argument, l’outrance, la haine, l’idée fixe », en bref tout ce qui fait la passion politique des hommes d’action (les laïcs) et tout ce qui doit rester étranger au savant et au moraliste, c’est-à-dire au clerc. Il n’y condamne cependant pas absolument l’engagement de l’intellectuel, exigeant que celui-ci ne descende sur la place publique et n’intervienne dans le débat séculier que pour faire triompher les idéaux abstraits et désinteressés du clerc : la vérité, la justice, la raison, la liberté intellectuelle et sociale.

18Joseph Conrad: Lettres françaises
« Je me sens lié à la France par une profonde sympathie, par de vieilles amitiés, par le charme durable des souvenirs sans amertume ». Les lettres françaises de Conrad sont un recueil de sa correspondance. En français. De multiples exemples de belles expressions de notre belle langue. (**)

19Alain Robbe-Grillet: Les gommes
Quelques très beaux passages, sortes d’envolées hyperoxygénées. Mais le roman est un peu lourdingue, l’intrigue devient compliquée à force d’intellectualisme. Mais vraiment de belles lignes. Extrait :  » Dans la pénombre de la salle de café le patron dispose les tables et les chaises, les cendriers, les siphons d’eau gazeuse; il est six heures du matin. Il n’a pas besoin de voir clair, il ne sait même pas ce qu’il fait. Il dort encore. De très anciennes lois règlent le détail de ses gestes, sauvés pour une fois du flottement des intentions humaines; chaque seconde marque un pur mouvement : un pas de côté, la chaise à trente centimètres, trois coups de torchon, demi-tour à droite, deux pas en avant, chaque seconde marque, parfaite, égale, sans bavure. Trente et un. Trente-deux. Trente-trois. Trente-quatre. Trente-cinq. Trente-six. Trente-sept. Chaque seconde à sa place exacte. » (**)

20Paul Morand: Journal d’un attaché d’ambassade (1916-1917)
Ce journal va du 16 août 1916 au 9 décembre 1917. Paul Morand, jeune attaché d’ambassade, vient d’être transféré de Londres à Paris. Description de Paris pendant la guerre : Briand, Berthelot, Proust, Bibesco … Morand décrit la guerre vue du Quai d’Orsay, l’arrivée des américains et la Révolution russe. Paris au jour le jour, une vie pleine d’esprit et de finesse. Un plaisir esthétique. Extraits : 24 juin 1917 : « Tout Madrid s’amuse d’une mésaventure qui vient d’arriver à Lambertye, notre attaché naval. Il conduisait un cotillon, lorsqu’il voit une jeune fille seule sur sa chaise, dans un coin. Il l’invite, danse avec elle, et comprend soudain, aux regards glacés d’effroi de la salle, que sa danseuse est la fille de l’ambassadeur d’Allemagne, Mlle de Ratibor. » 17 juillet 1917, « Autre tête de turc du déjeuner : Lazar Weiller. Briand raconte qu’il a ruiné la carrière parlementaire de L.W. qui voulait se faire une spécialité d’interruptions. Chaque fois, Briand se retournait et s’écriait : Au tombeau ! et toute la Chambre de crier : « Au tombeau, Lazare ! ». 23 juillet 1917, Clémenceau raconte des histoires : « J’ai reçu un poilu; il m’a dit : « Monsieur Clémenceau, je veux zigouiller le gouvernement et la Chambre ». Je lui ai répondu « Mon ami, vous oubliez le Sénat, ce n’est pas poli (***)

21Evelyne Pathouot: Ségolène Royal, ombre & lumière
Où il est expliqué que SR emploie du personnel au noir, refuse de payer leurs indemnités à ses collaborateurs, ou exige d’EDF qu’elle paye son assistante parlementaire sans même se rendre compte (?) qu’il s’agit d’emploi fictif… Rapide à lire et éclairant
Raymond Barre: L’expérience du pouvoir Un livre de conversations entre Jean Bothorel et Raymond Barre. L’ancien premier ministre est celui dont François Mitterand disait que cela devait être un regret pour la France de ne pas en avoir fait un Président de la République. En oubliant qu’il l’avait battu lui-même en 1988…! ce livre raconte les années d’avant 1981, avec une peinture vive et jeune de ces années d’action. Extrait : « Je ne voulais pas me laisser impressionner par mes adversaires d’un microcosme que je ne tenais pas en grande estime. Je constatais leur ignorance des réalités (…) le faible niveau intellectuel dont ils faisaient preuve et souvent leur mauvaise foi. J’évoquais de temps à autre Chateaubriand : »Il y a des temps où l’on ne doit dépenser le mépris qu’avec parcimonie à cause du grand nombre de nécessiteux ». (*)

22Michel Schneider: Morts imaginaires
Le livre de la fin des mots, le recueil des paroles dernières. Registre des morts imaginaires des écrivains célèbres. Pas de larmoiement mais un ramas d’anecdotes, et même de scènes à rire. Michel Schneider raconte la mort des écrivains, souvent telle qu’ils l’ont eux même décrite et imaginée dans leurs livres. Un écrivain est quelqu’un qui meurt toute sa vie, à longues phrases, à petits mots : il ne faut que les lire pour imaginer ce qu’ils furent lors de leurs derniers moments. Livre d’érudit. Qui fourmille de citations. Et prenant comme un roman de sa propre vie. Je le conseille à tous ceux qui aiment la vie, à tous ceux qui imaginent la fin, à tous ceux qui croient que l’on peut rester soi jusqu’à la fin. A tous ceux qui veulent apprivoiser leur inévitable sortie. Bref, à beaucoup de monde… Deux citations parmi d’autres : Proust « Nous disons la mort pour simplifier, mais il y en a presque autant que de personnes ». Et le romancier anglains Martin Amis : « la vie n’est que chagrin et labeur. C’est vrai. La vie est surtout faite de morts et de bébés, de miracles ordinaires: d’un coté la magie blanche de la croissance, et à l’autre bout de la ligne, la magie noire, tout aussi étrange, pleine de fièvre et venue de nulle part ». (*)

Paul Morand: 1900 Nostalgie d’une autre ère
Celle d’avant la tuerie de 14. Celle où la France étaient universelle, et avait les moyens de cette universalité. Extrait  » « Notre littérature est donc, au moment de l’Exposition, l’image de la France elle-même : divisée par la politique intérieure, et visitée par le monde entier, qui y converse en toutes les langues. Les nations fabriquent de l’or brut et l’apportent pour être frappé à notre Monnaie. Les idées qui circulent alors, la France ne leur a pas donné naissance ; mais, à son habitude, elle les a classées, réparties, rendues portatives et redistribuées. La France « explique le coup » plutôt qu’elle ne le porte (ou bien elle ne le porte qu’indirectement, par sa façon pénétrante, aiguë, d’exposer les pensées des autres). Ainsi entre-t-elle, à sa façon, plusieurs fois par siècle en conversation avec l’univers ». (**)

24Irène Némirovsky: Suite française
Voir ma note datée du 8 octobre. Un beau livre qui fait revivre une grande romancière européenne d’avant guerre. Qui ressuscite une oeuvre disparue et qui triomphe de la mort. La littérature plus forte que la folie des hommes. Irène N. est morte à Auschwitz et ce roman n’a été publié qu’en 2004 après avoir été redécouvert. Extrait « Ils étaient seuls-ils se croyaient seuls- dans la grande maison endormie. Pas un aveu, pas un baiser, le silence… puis des conversations fiévreuses et passionnées où ils parlaient de leurs pays respectifs, de leurs familles, de musiques, de livres… L’étrange bonheur qu’ils éprouvaient … Cette hâte à découvrir leur coeur l’un à l’autre… une hâte d’amant qui est déjà un don, le premier, le don de l’âme avant celui du corps. « Connais-moi, regarde-moi. Je suis ainsi. Voilà ce que j’ai vécu, voilà ce que j’ai aimé. Et toi? et toi, mon bien-aimé? ». Mais jusqu’ici, pas de parole d’amour. A quoi bon ? Elles sont inutiles quand les voix s’altèrent, quand les bouches tremblent, quand tombent ces longs silences… » (****)

25Pierre Péan: Une jeunesse française
Mitterrand pétainiste ! Voilà comment la presse a souvent résumé les conclusions de ce livre. Alors que Pierre Péan nous offre un travail plein de finesse et qui bouscule les certitudes. Au delà du parcours personnel de l’ancien président (une sorte de  » à nous deux Paris »), le livre de Péan nous décrit ce qu’a du être la maturation politique de nombreux français à l’époque. Et met de l’intelligence et de la compréhension là où beaucoup se contentent de certitudes. Bref, beaucoup de relativisme. C’est à dire d’humilité dans le jugement. Pour mémoire, on lira avec attention les pages terrifiantes sur l’attitude de Marguerite Duras. (**)

26Jean Lacouture: Malraux, une légende dans le siecle
Une biographie comme sait les ecrire Lacouture. Peindre un personnage apparemment aussi complique que Malraux, quelle tache ! Et pourtant, l’auteur, qui a eu la chance de cotoyer son sujet, arrive a un resultat d’une grande clarte. Il degage les lignes fortes du personnage sans nous perdre dans ses multiples facettes, et sait rendre en meme temps toute la richesse de sa vie dans ses details les plus precis. Le plus incroyable est que ce livre attendait depuis des annees dans ma bibliotheque que je le choisisse … (***)

27Jacqueline de Romilly: Les roses de la solitude
Mémoires Ou plutôt souvenirs. Une promenade avec une vieille dame, intelligente et nostalgique, avec des sentiments qui nous semblent familiers. mais qui prennent un accent particulier, celui de la solitude liée à l’âge. (***)
Thérèse Delpech: L’ensauvagement Dimanche 4 juin 2006 : Un livre brillant, indispensable pour comprendre les dangers qui nous menacent afin d’y faire face avant qu’il ne soit trop tard. Extrait : voir dans les notes. (*)

28Haruki Murakami: Kafka sur le rivage
Dimanche 28 mai 2006 : Un roman d’initiation puissant et prenant, qui se lit d’une traite. Une sorte de Grand Meaulnes moderne. Un extrait, qui est en fait une citation de Bergson : : « Toute perception est déjà mémoire. Nous ne percevons pratiquement que le passé, le présent pur étant l’insaisissable progrès du passé rongeant l’avenir ». (***)

Winston Churchill: « L’orage approche »
Samedi 20 mai 2006 : Pas de photographie pour cet ouvrage non réédité (dommage !). Il s’agit des mémoires de W. Churchill. Les quatres tomes qui vont de la préparation de la guerre à la fin de 1940 sont impressionnants de volonté. Et d’une vérité qui frappe les esprits, et dans laquelle on ne peut que retrouver les réactions des démocraties européennes d’aujourd’hui face aux menaces d’un Iran. Ne répondez pas au méchant méchant qui mord de peur qu’il ne morde encore plus. Extrait : » Dans la guerre : résolution Dans la défaite : intransigeance Dans la victoire : magnanimité Dans la paix : bonne volonté ». (***)

30Alberto Manguel: Une histoire de la lecture
Samedi 6 mai 2006 : Extrait : (à propos de tablettes pictographiques en argile datant du quatrième millénaire avant JC) « peut-être que, lorsque nous contemplons ces morceaux d’argile roulés par une rivière qui n’existe plus et observons les incisions délicates figurant des animaux devenus poussière voici des milliers et des milliers d’années, une voix est évoquée, une pensée, un message qui nous dit : « il y avait ici dix chèvres », « il y avait ici dix moutons », information formulée par un fermier prudent aux jours où le désert était verdoyant. Par le simple fait d’avoir regardé ces tablettes, nous avons prolongé une mémoire datant des origines de notre temps, préservé une pensée bien après que le penseur a cessé de penser, nous avons pris part à un acte de création qui demeure ouvert aussi longtemps que les images gravées sont vues, déchiffrées, lues ». Mon commentaire : Cette histoire de la lecture est une oeuvre complète et dense, quelques longueurs de bien peu d’importance face au plaisir de culture qu’il apporte au lecteur. (***)

Ernst Jünger. La Grande Guerre a près de 100 ans
D’où nous vient qu’elle marque toujours autant les consciences ? Les histoires de familles, celles que l’on se raconte (ou plutôt celles que l’on se racontait puisqu’on le seul temps dont on dispose se dépense désormais dans Facebook, Messenger ou … les blogs) et que l’on transmet de génération en génénation ? Quelle famille n’a pas eu un oncle un cousin ou un père qui fut blessé ou tué, ou qui en revint, tout simplement. Je connaissais Barbusse, Genevoix, Romain, Dorgeles, ou Remarque. Ou Céline, ou l’incroyable Maurois, dans un mode différent. Je confesse que je n’avais jamais lu Jünger. Je n’ai toujours pas lu Orages d’acier, je l’ai englouti. Ce journal de guerre est à couper le souffle. Tout ce qui a été écrit ailleurs, et qui est pourtant si bon, prend un arrière goût de plaine très très plate, là où Jünger franchit les montagnes, les ravins, les jungles et les océans. Avec Jünger, on y est. On croupit dans la tranchée. On a le trac avant l’assaut. On rentre les épaules lors des préparations d’artillerie. On se demande comment des gens civilisés on pu faire ça, avec la conscience claire qu’il y avait en face d’autres gens, civilisés. On reprend son souffle quand il épargne (dans un éclair d’humanité ?) un officier anglais qui brandit une photographie où on le reconnait avec sa famille sur une terrasse. Et on comprend qu’en fait, la mort était devenue une compagne que l’on acceptait. Lisez, lisez ! Vous ne serez pas déçu ! Dans la Pleïade ou en poche.

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