Les mains pour le dire – Les Dernières Nouvelles d'Alsace
Le Hongrois Adam Kosa, 34 ans, s’est inscrit mardi dans l’histoire du Parlement européen en devenant le premier député européen sourd.
Elles sont assises dans le sens inverse de la marche. Timea et Boglarka ont pris place dans l’hémicycle du Parlement mardi avec Adam Kosa. Traduction hongroise dans le casque, elles interprètent à tour de rôle en langue des signes les débats en plénière. Mais aussi, hors de l’hémicycle, tout ce que la vie politique et quotidienne nécessite de communication non-écrite.
Si elles sont les oreilles d’Adam Kosa, elles sont aussi sa voix*. Hier matin, pour la première intervention en plénière du député, la première en langue des signes de l’histoire du Parlement européen, c’est Timea, le micro tourné vers elle, qui a interprété son discours, lisant sur ses mains un vibrant plaidoyer en faveur du respect des langues des minorités. Un discours non rédigé, comme un élu chevronné.
Adam Kosa est pourtant tout neuf en politique. « C’est le Fidesz (parti hongrois conservateur à tendance nationaliste, siège avec le PPE ; ndlr) qui m’a proposé de me présenter. Cela dit, j’aurais réfléchi à des propositions émanant d’autres partis », explique cet avocat de profession et président de l’association hongroise des sourds et malentendants.
Il devrait intégrer la commission des Affaires sociales et de l’emploi, « qui s’occupe beaucoup des personnes handicapées », et celle des Transports et du tourisme. Mais qu’il s’agisse ou non de sujets portants sur le handicap, « mon objectif est de démontrer que je peux faire le même travail de qualité que mes collègues », explique-t-il.
Collègues qui, d’ailleurs, se sont tout de suite montrés sensibles à sa différence, note-t-il, enthousiaste : « Tout le monde ici est disponible pour m’aider, sans sentiment de pitié comme c’est souvent le cas en Hongrie, où les gens m’aident sans me demander ce dont j’ai besoin.»
Le premier geste concret est d’ailleurs venu du Français Philippe Juvin, assis lui aussi sur les bancs du PPE, qui a cosigné avec lui dès hier un communiqué demandant que soient retransmis « en direct en langue des signes tous les débats du Parlement européen sur les écrans situés dans l’hémicycle du parlement de Strasbourg », une mesure « qui serait évidemment utile à tous nos concitoyens utilisant la langue des signes. »
Belle intention, beau symbole, mais casse-tête : les langues des signes sont différentes d’un pays d’Europe, voire même d’une région à l’autre.
Anne-Camille Beckelynck
* Les sourds ne sont pas muets au sens médical du terme mais ont, faute d’ouïe, des difficultés à « oraliser »
Édition du Jeu 16 juil. 2009















