Les listes transnationales, une occasion perdue

 

En février dernier, le Parlement européen a pris position sur la composition du prochain Parlement après les élections européennes de 2019. Le projet de résolution comprenait un amendement sur l’introduction de listes transnationales qui n’a malheureusement pas été retenu par la majorité des députés. C’est donc probablement une élection européenne sans coloration transnationale que nous aurons l’année prochaine.

J’ai pourtant voté en faveur de cet amendement sur les listes transnationales. Que représenteraient-elles ? À mon sens ces listes apporteraient énormément à l’Europe, au niveau symbolique bien sûr mais également de façon bien plus concrète qu’on ne l’imagine. Ces listes permettraient d’élire une partie des députés sur des listes transeuropéennes composées de candidats de différentes nationalités. Ainsi, les citoyens européens pourraient-ils se prononcer sur deux listes : la première nationale et la seconde transnationale.

Cette représentation duale aurait permis de penser au-delà des frontières sans non plus s’éloigner de l’ancrage local des députés européens. Ces listes auraient favorisé l’européanisation du débat pendant la campagne. Elles auraient permis d’européaniser d’avantage la conscience politique et citoyenne européenne.

Il aurait été temps de donner un souffle nouveau à notre modèle de démocratie représentative. L’une des critiques émises à l’encontre de ces listes était la différence de légitimité qu’elles créeraient entre les députés européens. Les uns étant élus au niveau national et les autres détenant leur mandat d’un électorat plus large représentatif de toute l’Union européenne. Ces deux types de légitimité ne sont pas opposés. Bien au contraire ils se complètent. L’Union européenne, ni Fédération d’États, ni simple organisation internationale, dispose d’un statut particulier qui aurait justifié une double représentation démocratique, témoin de la diversité de ses États membres unis en un même projet.

Sur ce point, le retour des listes nationales pour les élections européennes, qui depuis 2003 relevaient d’un scrutin régional, est également décevant. La renationalisation du mode de scrutin va cristalliser et centraliser les débats au niveau national. Les citoyens, déjà éloignés de leurs députés siégeant à Strasbourg et Bruxelles, bouderont cette élection lointaine sans ancrage local solide. De plus, la régionalisation des listes était aussi garante d’une certaine représentativité des régions au niveau européen.

A près d’un an des élections européennes, j’ai vu mes espoirs d’européen convaincu déçus sur ce point mais je continue à espérer que nous aurons au cours des prochains mois, une campagne de qualité qui nous permettra de débattre des vrais enjeux européens. Le prochain Parlement européen devra affronter, à l’image du Brexit, des défis qui vont changer la face de l’Europe. Il faut s’y préparer, penser plus en  visionnaire et moins en bureaucrate.