Le mot de Philippe Juvin, Président des Républicains des Hauts-de-Seine

Affaire Ferrand : vite ! Des juges indépendants, des médias moins aveuglés et un Ministre de la Justice plus bavard.

Avant de devenir ministre, François Bayrou s’était érigé en grand moralisateur de la vie publique. Il commentait beaucoup. Il est aujourd’hui silencieux devant les soupçons graves qui pèsent sur un ministre du nouveau gouvernement. Sans doute une extinction de voix. Manifestement, la moralisation de la vie politique, c’est pour les autres.

Dans la lamentable affaire Fillon qui a causé notre déroute électorale et notre discrédit, le Parquet avait ouvert une information en quelques heures. Dans l’affaire Ferrand, c’est le contraire. Le Parquet a longtemps décidé de s’abstenir malgré l’évidence des faits. Il aura fallu attendre jusqu’au jeudi 1er juin pour que le Parquet de Brest décide enfin d’ouvrir une enquête préliminaire. Pourquoi ? Ce délai accrédite l’idée d’une Justice aux ordres, ou craintive. Dans les deux cas, peu courageuse. Le ou les juges de cette affaire auraient-ils eu peur du nouveau pouvoir ? La promesse de l’application d’un spoil système les a-t-ils paralysés ?

Dans cette affaire Ferrand, on est aussi frappé par la prudence des commentateurs. Tous commencent par un « oui mais c’est légal ». Or qu’en savent-ils ? Comment expliquer cet empressement à innocenter le ministre ? Sur quelles bases juridiques ? Passons sur le fait que nous aurions aimé autant de précautions quand, dans le passé, d’autres hommes, certes de Droite, étaient donnés en pâture sans ménagement à une presse avide de sang. Ici, les médias accumulent les précautions oratoires pour expliquer que tout est légal. Mais qui peut décider que c’est légal si ce n’est un juge ? Or celui-ci se tait. Et poussons le raisonnement : si tout est légal, pourquoi en parler tant ? Parce que ce n’est pas moral ? Mais je croyais que le temps de la moralisation était venu

Or en démocratie, si ce n’est pas un juge qui dit le Droit, qui le dit ? La rumeur. Et que dit la rumeur ? Que les faits sont là. Et que disent les faits ? Les faits racontent une histoire qui ressemble étrangement à un article du Code pénal. Que dit le Code pénal ? « Le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public ou par une personne investie d’un mandat électif public, de prendre, recevoir ou conserver, directement ou indirectement, un intérêt quelconque dans une entreprise ou dans une opération dont elle a, au moment de l’acte, en tout ou partie, la charge d’assurer la surveillance, l’administration, la liquidation ou le paiement, est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75000 euros d’amende. »

Monsieur Ferrand, comme gestionnaire d’une mutuelle, et à ce titre investi d’une « mission de service publique », n’a-t-il pas fait bénéficier sa compagne d’un « intérêt quelconque dans une opération dont il avait la charge » ? Moi, en lisant la presse, j’avais plutôt compris que oui. Voilà pourquoi j’aurais préféré des juges plus courageux, des médias moins aveuglés et un Ministre de la Justice plus bavard.

Au moins, nous, ne soyons pas dupes de la sinistre comédie qui se joue sous nos yeux. Cette affaire Ferrand aura eu au moins un mérite : montrer que cette histoire de moralisation de la vie politique n’avait qu’un but : gagner les élections. Et la moralisation, ne rêvez pas, c’est pour les autres.