Le mot de Philippe Juvin, Président des Républicains des Hauts-de-Seine

Orgueil et politique du coucou

Pendant les 5 ans de la présidence Hollande, la France a peu compté dans le concert européen. Pas de politique d’influence ; pas de vision globale ; la personnalité même du président ; une situation nationale médiocre qui nous obligeait chaque année à quémander un quitus budgétaire et qui s’est terminée par la mise sous surveillance renforcée de la France : les raisons sont multiples, mais le résultat fût que nous ne comptions plus. Après le quinquennat Sarkozy marqué par une présidence française de l’Union flamboyante, les 5 ans européens de François Hollande ne s’inscriront pas dans l’Histoire.

Et puis vint Emmanuel Macron.

Son premier discours européen fut de belle tenue : une Europe qui protège, puissante et fière d’elle-même. On n’avait pas entendu de telles paroles depuis longtemps.

Pourtant, que de difficultés et d’ambiguïtés derrière cette belle façade.

En France, le Président décide et l’Assemblée nationale, dominée par sa majorité, exécute. Point n’est besoin de discuter ni de négocier avec « les autres ». Mais l’Europe n’est pas la France. Pour peser en Europe, il ne faut pas dicter sa volonté. Il faut s’entendre avec « les autres » et trouver des alliés. Il faut passer des compromis. Or, transporté par ses victoires et peut-être son caractère, le Président a péché par orgueil. Il avait une vision européenne ? Elle devait s’imposer aux autres. En quelques semaines, il nous a ainsi rapidement mis à dos les Italiens (Ficantieri), les Polonais (l’Etat de droit et le travail détaché), l’Espagne (le cabotage) et même les Allemands avec le serpent de mer de la mutualisation de la dette maladroitement annoncée pendant leur campagne électorale. Ces affaires laissent des traces. Une certaine arrogance française, dit-on, est de retour. Qu’on le veuille ou non, une partie du capital de sympathie vis à vis de la France, que nous devions à Emmanuel Macron, a bel et bien disparu.

En surestimant le poids de la France, il a aussi mis en danger les intérêts français. Ainsi, au mois du juin, à peine élu, il exige de reprendre à zéro la révision de la directive sur les travailleurs détachés, pourtant en cours de finalisation. En exigeant de lier la révision de la directive des travailleurs détachés à la question des droits sociaux, il retarde l’adoption de la directive. Il fait ainsi le jeu de ceux qui ne veulent pas la réviser du tout et qui tentent de gagner du temps jusqu’à janvier, date de la présidence bulgare au Conseil de l’Union européenne, qui enterrera le sujet.

Au péché d’orgueil et à la méconnaissance des subtils équilibres européens, il faut ajouter la stratégie du coucou. Le coucou est ce petit volatile qui s’installe chez les autres. Emmanuel Macron est un coucou : il prétend être l’auteur du travail des autres, ce qui crée un certain énervement. Prenons encore cette fameuse révision de la directive sur les travailleurs détachés. Quand Emmanuel Macron explique que c’est grâce à lui que la révision a été arrachée, il ment. Nous négocions depuis deux ans et tous les connaisseurs du sujet savent que 2017 serait l’année de la révision. Et sur le fond, Emmanuel Macron n’a rien apporté à la décision finale probable. Tout juste a-t-il mis en péril l’accord, comme je l’écrivais plus haut.

L’ambition européenne est nécessaire et nous avait manqué sous François Hollande. Mais pour faire triompher cette ambition, Emmanuel Macron doit vite se corriger lui-même : moins d’égo, plus de subtilité, plus d’écoute, moins de sentiment de tout savoir et de tout maîtriser, une meilleure connaissance des rapports de force, moins d’amateurisme et de pulsions et plus de maîtrise des sujets de fond. S’il continue à se montrer donneur de leçon, sûr de lui, sourd aux autres, il va nous isoler. Cela a commencé. Il est encore temps de corriger le tir. Mais il faut vite changer, Monsieur le Président.