La trahison des clercs : Julien Benda
Un des livres indispensables à l’exercice de la politique et de la démocratie. Clair et limpide. Mais très très dérangeant : personne n’est épargné. Aron en faisait un livre clé de sa réflexion. Julien Benda se propose de définir le rôle de l’intellectuel. L’intellectuel se doit de sortir de sa réserve dès lors que la vérité et la justice sont menacées. Il ne doit surtout pas s’impliquer dans les affaires courantes. Il doit se consacrer à ce qui est sa vocation première : la méditation, la connaissance désintéressée, l’amour du beau, toutes choses en somme qui le distinguent de l’homme de parti. A cette figure de l’intellectuel, Benda oppose ce qui, au moment où il écrit, est en passe de devenir l’une des figures les plus courantes de l’intelligentsia : l’intellectuel engagé dans un parti ou proche d’un parti. Benda a alors surtout à l’esprit les intellectuels de l’Action française. Benda y fustige « la tendance à l’action, la soif du résultat immédiat, l’unique souci du but, le mépris de l’argument, l’outrance, la haine, l’idée fixe », en bref tout ce qui fait la passion politique des hommes d’action (les laïcs) et tout ce qui doit rester étranger au savant et au moraliste, c’est-à-dire au clerc. Il n’y condamne cependant pas absolument l’engagement de l’intellectuel, exigeant que celui-ci ne descende sur la place publique et n’intervienne dans le débat séculier que pour faire triompher les idéaux abstraits et désinteressés du clerc : la vérité, la justice, la raison, la liberté intellectuelle et sociale.
















Le binarisme : d’un côté les intellectuels, de l’autre les hommes d’action est un peu réducteur. Le véritable problème est précisément dans le cloisonnement des aptitudes et disciplines. Un homme politique doit pouvoir tout à la fois avoir une claire vision (ce qui suppose une faculté de projection et de conceptualisation) d’autre part la faculté de conduire une action. Revenir au sens grec des termes : agir et penser sont indissociables. D’autre part, attention à la définition même du terme intellectuel : par ce terme on a coutûme de désigner ceux qui ont surtout une érudition livresque. Or, le véritable intellectuel est celui qui conçoit du neuf, innove, crée un concept ou un paradigme. Idem pour l’homme politique, le grand homme politique qui marque l’histoire est nécessairement celui qui est à la source d’un nouveau PARADIGME, donc d’une nouvelle ère.
Ah, attention nous en arrivons bientôt à Bainville et à Gaxotte… ça commence à sentir la poudre !
Chiche !
Nous arrêtons de faire de la politique si vous même vous arrêtez de faire l’intellectuel !
C’est pas mal comme deal non ?
Si ça c’est pas du win-win c’est que je ne comprends plus rien à vos messages à peine déguisés !
ahahahahahaaaaaaa ! j’adore la proposition de « deal » de poil à gratter !!! Qu’ils sont drôles ces défis, ces messages subliminaux par blogs et comments interposés, ce que j’aime moins, c’est la dégénérescence du dialogue dans notre commune ! A ce propos, y a t-il une origine particulière à ce mot, dialogue ??? comme il y en une pour République ou politique ?
Bonne nuit, bonne méditation aux intellectuels et bonne(s) action(s) au(x) politique(s)