La Garenne : première pierre de l’école Jean-Jerphanion Rue de Plaisance, samedi matin

La Garenne : première pierre de l’école Jean-Jerphanion Rue de PlaisanceSamedi prochain, pose de la première pierre de l’école Jean-Jerphanion. Jean qui ? Quelques uns se sont émus et auraient préféré une icone qui n’oblige pas à réfléchir. Ainsi une proposition était de baptiser cette école Abbé-Pierre… Ca au moins, c’était sans risque au panthéon du conservatisme moral. Et puis ça scintillait ! Car , à La Garenne, l’Oppositon adore les figures consensuelles car médiatiques. En revanche, un inconnu, Jean Jerphanion, ça nécessite de s’expliquer. Et certains de mes opposants, à La Garenne, n’aiment pas les propositions qui sortent des exercices convenus du moralisme bobo. Bref, Jean Jerphanion est un héros de roman. Un homme qui n’a donc pas vraiment existé. Mais qui en fait a vraiment existé, existe et continuera d’exister. Sous tous les noms de ceux, connus et inconnus, qui croient à l’humanité. Je m’explique.

Jean Jerphanion est un des deux héros de la gigantesque fresque de Jules Romains, « Les Hommes de bonne volonté ». Vaste description du Paris de 1904 à 1934, vue à travers Jerphanion et son ami Jallez, qui vont, à la manière d’un film de Lelouch, rencontrer des centaines d’autres personnages pendant ces trente années. On découvre les deux héros à Normale Sup, et on les suit dans leurs études, leur vie, leurs amours, leurs doutes, leurs quêtes, bref leurs vies. Et ils sont des alibis. Car ce qui est important, c’est ce qu’ils arrvent à donner à la société. Car, comme l’écrit d’Ormesson, « avec Jules Romains, la vie collective et la société entrent triomphalement dans notre littérature. Toute la grande génération de 1870 a encore l’individu pour point de référence.  Avec Jules Romains, tout change. L’homme s’efface, et les hommes s’avancent. Dans la brèche laissée par l’homme se précipitent les masses. La crise de l’humanisme et la mort de l’homme chantée autour de nous, de Picasso à Michel Foucault, par tant d’artistes et de philosophes, Jules Romains, pour sa part, la ressent profondément. Il éprouve qu’un dieu s’écroule. Ce développement de la ville dont nous parlaient déjà un Rimbaud, un Verhaeren, et surtout un Baudelaire quand il évoquait en une formule saisissante, rappelée par Jallez à Jerphanion dans leur thurne de la rue d’Ulm,  » la fréquentation des villes énormes, et le croisement de leurs innombrables rapports « . (Jules Romains) vit dans un âge marqué d’abord par Marx et par le socialisme : un âge de la foule, de la ville, du grand nombre et de la vie collective. »

Jerphanion est donc l’homme vertueux par excellence pour Romains : celui qui va, avec hésitation et humilité, refuser le confort des idées toutes faites. Jerphanion, au cours de cette grande saga des « Hommes de bonne volonté » cherchera sa voie et trouvera son église. Il est celui qui cherchera à mieux faire fonctionner le système, c’est à dire à ce que cette masse d’individus ne soit pas une juxtaposition de petites individualités, mais un groupe mu par une force commune, l’idée de progrès.

Socialisme, progrès, franc-maçonnerie : on a souvent qualifié Jerphanion de héros de gauche. Soit. Notre époque adore enfermer les hommes dans de petites étiquettes réductrices. Je préfère la description de Jules Romains : Jerphanion est un homme de bonne volonté. C’est précieux, un tel homme. Et c’est surtout un beau modèle pour un écolier du XXIème siècle. Voilà pourquoi cette nouvelle école garennoise s’appellera Jerphanion. Ainsi en a décidé le Conseil municipal de La Garenne. Tout le Conseil ? Non, seulement la Majorité, qui croit elle que le progrès et la bonne volonté sont de si belles valeurs qu’elles justifient qu’une école leur rende hommage. Alors venez nombreux.