Philippe Juvin, le Blog
Député européen, Maire de La Garenne-Colombes

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Actualités 'Livres'

Si le soleil ne revenait pas

  Ramuz a eu son heure de gloire ; il est même entré dans la Pléiade. Alors, poussé par une âme missionnaire qui souhaitait que je le découvre, j’ai lu « Passage du poète ». Curieuse sensation d’une langue au style hésitant, circulaire, souvent gauche, qui avance en boucle. Et pour tout dire souvent terriblement ennuyeuse… Texte sauvé toutefois par quelques fulgurances. « Elle a mis sa tête à elle là où est son cœur à lui ». Toujours encouragé dans mes efforts, je me donnai une seconde chance avant de classer définitivement Ramuz dans la catégorie des fâcheux, qu’il faut aimer parce-que-ça-fait-chic. J’ouvris donc : « Si le soleil ne revenait pas ». Surprise, un vrai concentré de poésie : « Même ici où on ne voit pas le soleil pendant six mois, on le sent qui est là, derrière les montagnes, et envoie en délégation ses couleurs, qui sont le rose pâle, le jaune clair, le roux, dont un pinceau minutieux revêt autour de vous les pentes. La neige sur les toits est comme du linge qu’on vient de passer au bleu; elle est sur les côtés des toits comme des piles de draps de lit pliés en quatre dont on voit les épaisseurs lesquelles débordent; et la masse dépassant, de temps en temps, se rompt et tombe, avec un bruit d’écrasement, comme un fruit mûr. La neige est à la point des pieux comme des bonnets en laine d’agneau. L’air est à la fois immobile et animé d’un mouvement secret; il ne se respire pas, il se boit. »

Chant funèbre pour les morts de Verdun, Montherlant

La dictée de Mérimée : devoirs de vacances

La dictée faisait partie des passe-temps de la cour de l’empereur Napoléon III. Mythe ou réalité, la dictée attribuée à Mérimée a mis à l’épreuve les souverains ainsi que leurs invités. Napoléon III commit 75 fautes, l’impératrice Eugénie, 62, Alexandre Dumas fils, 24. Seul un étranger, le prince de Metternich, ambassadeur d’Autriche, n’en fit que 3…

Voici le texte de « la fameuse dictée » publiée par Léo Claretie en 1900.
« Pour parler sans ambiguïté, ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves embaumés de la mer, malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil prodigués par l’amphitryon, fut un vrai guêpier. Quelles que soient et quelqu’exiguës qu’aient pu paraître, à côté de la somme due, les arrhes qu’étaient censés avoir données la douairière et le marguillier, il était infâme d’en vouloir pour cela à ces fusiliers jumeaux et mal bâtis et de leur infliger une raclée alors qu’ils ne songeaient qu’à prendre des rafraîchissements avec leurs coreligionnaires. Quoi qu’il en soit, c’est bien à tort que la douairière, par un contresens exorbitant, s’est laissé entraîner à prendre un râteau et qu’elle s’est crue obligée de frapper l’exigeant marguillier sur son omoplate vieillie. Deux alvéoles furent brisés, une dysenterie se déclara, suivie d’une phtisie. – Par saint Martin, quelle hémorragie, s’écria ce bélître ! À cet événement, saisissant son goupillon, ridicule excédent de bagage, il la poursuivit dans l’église tout entière. »

« J’étais médecin dans les tranchées »

« J’étais médecin dans les tranchées » est le journal de combat de Louis Maufrais, médecin militaire mobilisé le 2 août 1914 et démobilisé le 14 juillet 1919. Ce livre a une histoire. Ses petits-enfants ont découvert les carnets que Louis maufrais avait remplis au fur et à mesure des jours, et un enregistrement qu’il se décida à faire à la fin de sa vie. De ces carnets et de ces enregistrements a été bati ce livre poignant. Qui vaut souvent Ernst Jünger. Sur plus de 6000 médecins engagés dans le service de santé, il a été recensé moins de vingt témoignages. Un mutisme qui révèle, selon Marc Ferro, l’indicible expérience de la violence faite aux soldats. En 1914, les médecins furent les premiers confrontés aux effets d’une guerre moderne qui mutila et déchira les corps de façon encore inconnue.

2011 : année La Tour du Pin : Les enfants de septembre

Les Enfants de septembre.


Les bois étaient tout recouverts de brumes basses,
Déserts, gonflés de pluie et silencieux;
Longtemps avait soufflé ce vent du Nord où passent
Les Enfants Sauvages, fuyant vers d’autres cieux,
Par grands voiliers, le soir, et très haut dans l’espace

J’avais senti siffler leurs ailes dans la nuit,
Lorsqu’ils avaient baissé pour chercher les ravines
Où tout le jour, peut-être, ils resteront enfouis;
Et cet appel inconsolé de sauvagine
Triste, sur les marais que les oiseaux ont fuis.

Après avoir surpris le dégel de ma chambre,
A l’aube, je gagnai la lisière des bois;
Par une bonne lune de brouillard et d’ambre
Je relevai la trace, incertaine parfois,
Sur le bord du layon, d’un enfant de Septembre.

Les pas étaient légers et tendres, mais brouillés,
Ils se croisaient d’abord au milieu des ornières
Où dans l’ombre, tranquille, il avait essayé
De boire, pour reprendre ses jeux solitaires
Très tard, après le long crépuscule mouillé.

Et puis, ils se perdaient plus loin parmi les hêtres
Où son pied ne marquait qu’à peine sur le sol;
Je me suis dit : il va s’en retourner peut-être
A l’aube, pour chercher ses compagnons de vol,
En tremblant de la peur qu’ils aient pu disparaître.

Il va certainement venir dans ces parages
A la demi-clarté qui monte à l’orient,
Avec les grandes bandes d’oiseaux de passage,
Et les cerfs inquiets qui cherchent dans le vent
L’heure d’abandonner le calme des gagnages.

Le jour glacial s’était levé sur les marais;
Je restais accroupi dans l’attente illusoire,
Regardant défiler la faune qui rentrait
Dans l’ombre, les chevreuils peureux qui venaient boire
Et le corbeaux criards, aux cimes des forêts.

Et je me dis : je suis un enfant de Septembre,
Moi-même, par le coeur, la fièvre et l’esprit,
Et la brûlante volupté de tous mes membres,
Et le désir que j’ai de courir dans la nuit
Sauvage, ayant quitté l’étouffement des chambres.

Il va certainement me traiter comme un frère,
Peut-être me donner un nom parmi les siens;
Mes yeux le combleraient d’amicales lumières
S’il ne prenait pas peur, en me voyant soudain
Les bras ouverts, courir vers lui dans la clairière.

Farouche, il s’enfuira comme un oiseau blessé,
Je le suivrai jusqu’à ce qu’il demande grâce,
Jusqu’à ce qu’il s’arrête en plein ciel, épuisé,
Traqué jusqu’à la mort, vaincu, les ailes basses,
Et les yeux résignés à mourir, abaissés.

Alors, je le prendrai dans mes bras, endormi,
Je le caresserai sur la pente des ailes,
Et je ramènerai son petit corps, parmi
Les roseaux, rêvant à des choses irréelles,
Réchauffé tout le temps par mon sourire ami…

Mais les bois étaient recouverts de brumes basses
Et le vent commençait à remonter au Nord,
Abandonnant tous ceux dont les ailes sont lasses,
Tous ceux qui sont perdus et tous ceux qui sont morts,
Qui vont par d’autres voies en de mêmes espaces !

Et je me suis dit : Ce n’est pas dans ces pauvres landes
Que les enfants de Septembre vont s’arrêter;
Un seul qui se serait écarté de sa bande
Aurait-il, en un soir, compris l’atrocité
De ces marais déserts et privés de légende ?

Patrice de La Tour du Pin – La Quête de la joie.

Saint-John Perse, Amers

Et comme nous courions à la promesse de nos songes, sur un très haut versant de terre rouge chargée d’offrandes et d’aumaille, et comme nous foulions la terre rouge du sacrifice, parée de pampres et d’épices, tel un front de bélier sous les crépines d’or sous les ganses, nous avons vu monter au loin cette autre face de nos songes : la chose sainte à son étiage, la Mer, étrange, là, et qui veillait sa veille d’Etrangère – inconciliable, et à jamais inappariée- la Mer errante prise au piège de son aberration.

St J P, Amers

Orages d’acier, Ernst Jünger

Ernst Jünger. La Grande Guerre a près de 100 ans. D’où nous vient qu’elle marque toujours autant les consciences ? Les histoires de familles, celles que l’on se raconte (ou plutôt celles que l’on se racontait puisqu’on le seul temps dont on dispose se dépense désormais dans Facebook, Messenger ou … les blogs) et que l’on transmet de génération en génénation ? Quelle famille n’a pas eu un oncle un cousin ou un père qui fut blessé ou tué, ou qui en revint, tout simplement. Je connaissais Barbusse, Genevoix, Romain, Dorgeles, ou Remarque. Ou Céline, ou l’incroyable Maurois, dans un mode différent. Je confesse que je n’avais jamais lu Jünger. Je n’ai toujours pas lu Orages d’acier, je l’ai englouti. Ce journal de guerre est à couper le souffle. Tout ce qui a été écrit ailleurs, et qui est pourtant si bon, prend un arrière goût de plaine très très plate, là où Jünger franchit les montagnes, les ravins, les jungles et les océans. Avec Jünger, on y est. On croupit dans la tranchée. On a le trac avant l’assaut. On rentre les épaules lors des préparations d’artillerie. On se demande comment des gens civilisés on pu faire ça, avec la conscience claire qu’il y avait en face d’autres gens, civilisés. On reprend son souffle quand il épargne (dans un éclair d’humanité ?) un officier anglais qui brandit une photographie où on le reconnait avec sa famille sur une terrasse. Et on comprend qu’en fait, la mort était devenue une compagne que l’on acceptait.  Lisez, lisez ! Vous ne serez pas déçu ! Dans la Pleïade ou en poche.

Extrait : « Je crois avoir imaginé une analogie qui rend fort bien le sentiment propre à une situation où je me suis trouvé souvent, comme tous les autres soldats de cette guerre: qu’on se représente ligoté à un poteau et constamment menacé par un bonhomme qui brandit un lourd marteau. Tantôt il arrive en sifflant, vous frôlant le crâne, puis il frappe le poteau si fort que les éclats en volent — c’est exactement cette situation que reproduit tout ce qu’on subit quand on est pris à découvert en plein milieu d’un pilonnage. »

Dictionnaire des injures littéraires, Pierre Chalmin, l’Editeur

« Monsieur, ce matin votre fils, sommé par le sous-Directeur de remettre un billet qu’un de ses camarades venait de lui glisser, refusa de le donner, le mit en morceau et l’avala. Mandé chez moi, il me déclare qu’il aime mieux toute punition que de livrer le secret de son camarade et pressé de s’expliquer dans l’intérêt même de cet ami, il me répond par des ricanements dont je ne dois pas souffrir l’impertinence. Je vous renvoie donc ce jeune homme qui était doué de moyens assez remarquables, mais qui a tout gâché par un mauvais esprit, dont le bon ordre du Collège a eu plus d’une fois à souffrir. » Jean Pierot, proviseur de Louis-Le-Grand à propos de Baudelaire.
« Comme je disais (à Léautaud) que Victor Hugo était parmi les auteurs que j’ai toujours négligés : »Vous pouvez continuer » « . Ernst Junger.
« Voilà un militaire qui a des couilles au cul. L’ennui, c’est que ce ne sont pas les siennes ». Clémenceau parlant de Lyautey.
« La Belle meunière de Marcel Pagnol ,n’est pas un film neuf, mais un évènement gastronomique. pagnol a trouvé un plat inédit : le navet en croûte » Henri Jeanson.
« Un poète persan dans une loge de concièrge » Barrès à propos de Proust.
« Mallarmé, intraduisible, même en français » Jules Renard.
Et une dernière citation, qui est loin d’être injurieuse : « Inacessible, rien que des sommets ! » (Thomas Bernhard à propos de Shakespeare).

Eventail de Mademoiselle Mallarmé

Ô rêveuse, pour que je plonge
Au pur délice sans chemin,
Sache, par un subtil mensonge,
Garder mon aile dans ta main.

Une fraîcheur de crépuscule
Te vient à chaque battement
Dont le coup prisonnier recule
L’horizon délicatement.

Vertige ! voici que frissonne
L’espace comme un grand baiser
Qui, fou de naître pour personne,
Ne peut jaillir ni s’apaiser.

Sens-tu le paradis farouche
Ainsi qu’un rire enseveli
Se couler du coin de ta bouche
Au fond de l’unanime pli !

Le sceptre des rivages roses
Stagnants sur les soirs d’or, ce l’est,
Ce blanc vol fermé que tu poses
Contre le feu d’un bracelet.

Stéphane Mallarmé

« Jugements derniers », Joseph Kessel

Recueil des compte-rendus de procès par Kessel : Pétain, Nuremberg, Eichmann. Voyage dans l’inhumanité et, pour moi, l’incompréhension de ce qui a été fait. Le cas Eichmann est le plus terrible. Qu’avez-vous fait ? Pourquoi et comment les barrières les plus élémentaires ont –elles rompu ? Pas dans un monde de barbares, mais en Europe, là où nous avons inventé la démocratie, les droits de l’Homme, les arts et la philosophie. L’explication de Hanna Arendt m’a toujours terrifié. Arendt a conclu qu’Eichmann n’a montré ni antisémitisme ni trouble psychique, et qu’il n’avait agi de la sorte que pour « faire carrière ». Elle le décrit comme la personnification même de la « banalité du mal », effectuant consciencieusement son travail de mort. Lire à ce sujet le terrible « La mort est mon métier ».

« Champion du monde », Paul Morand.

« Seul ! Malheur inouï qu’aucun Américain n’imagine sans frémir. Pays indivis où l’hospitalité, la radio, les loges, les mutuelles pour enterrement n’ont d’autre but que de boucher ces abïmes d’isolement que l’Enfer entr’ouvre parfois sous nos pas. »

Proust et le « petit pan de mur jaune » de la Vue de Delft

Voir Vermeer et mourir. La formule est usée, mais l’idée reprend vie quand Marcel Proust la fait sienne dans À la recherche du temps perdu. On expose des toiles de Ver Meer à Paris, dont la Vue de Delft. Aux portes de la mort, l’écrivain Bergotte rassemble ses forces et se rend sur les lieux de l’exposition.

Enfin il fut devant le Ver Meer, qu’il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu’il connaissait, mais où, grâce à l’article du critique, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu’il veut saisir, au précieux petit pan de mur. « C’est ainsi que j’aurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune. » Cependant la gravité de ses étourdissements ne lui échappait pas. Dans une céleste balance lui apparaissait, chargeant l’un des plateaux, sa propre vie, tandis que l’autre contenait le petit pan de mur si bien peint en jaune. Il sentait qu’il avait imprudemment donné la première pour le second. « Je ne voudrais pourtant pas, se dit-il, être pour les journaux du soir le fait divers de cette exposition ».

Il se répétait: « Petit pan de mur jaune avec un auvent, petit pan de mur jaune. » Cependant il s’abattit sur un canapé circulaire; aussi brusquement il cessa de penser que sa vie était en jeu et, revenant à l’optimisme, se dit: « C’est une simple indigestion que m’ont donnée ces pommes de terre pas assez cuites, ce n’est rien. » Un nouveau coup l’abattit, il roula du canapé par terre, où accoururent tous les visiteurs et gardiens. Il était mort. »

Dans les lignes qui suivent, Proust reprend à son compte la théorie platonicienne de la réminiscence en lui donnant une vraisemblance qui aurait réjoui Platon :

Mort à jamais? Qui peut le dire? Certes, les expériences spirites pas plus que les dogmes religieux n’apportent de preuve que l’âme subsiste. Ce qu’on peut dire, c’est que tout se passe dans notre vie comme si nous y entrions avec le faix d’obligations contractées dans une vie antérieure; il n’y a aucune raison dans nos conditions de vie sur cette terre pour que nous nous croyions obligés à faire le bien, à être délicats, même à être polis, ni pour l’artiste athée à ce qu’il se croie obligé de recommencer vingt fois un morceau dont l’admiration qu’il excitera importera peu à son corps mangé par les vers, comme le pan de mur jaune que peignit avec tant de science et de raffinement un artiste à jamais inconnu, à peine identifié sous le nom de Ver Meer. Toutes ces obligations, qui n’ont pas leur sanction dans la vie présente, semblent appartenir à un monde différent, fondé sur la bonté, le scrupule, le sacrifice, un monde entièrement différent de celui-ci, et dont nous sortons pour naître à cette terre, avant peut-être d’y retourner revivre sous l’empire de ces lois inconnues auxquelles nous avons obéi parce que nous en portions l’enseignement en nous, sans savoir qui les y avait tracées — ces lois dont tout travail profond de l’intelligence nous rapproche et qui sont invisibles seulement — et encore! — pour les sots. De sorte que l’idée que Bergotte n’était pas mort à jamais est sans invraisemblance.

Inauguration de l’Ecole Jean-Jerphanion à La Garenne

Ce matin, en compagnie deFrancine Sberro, inspectrice de l’EN, d’isabelle Ménard la directrice et d’Olivier Rony, légataire de Jules Romains, j’ai inauguré l’école élémentaire Jean-Jerphanion Rue de Plaisance. Pourquoi ce nom ? C’est celui d’un des deux héros de Romains, avec Jallez, des Hommes de bonne volonté. Et pourquoi lui ? Parce qu’il incarne l’amitié, la recherche d’un idéal (Recherche d’une église), le « vivre ensemble ». Bref, la part d’humanisme que tous les  « hommes de bonne volonté » se transmettent. C’est donc un héros républicain. Ce fut aussi l’occasion pour moi de dire aux enseignants toute l’admiration que je leur porte, eux qui forment des hommes libres capables de trouver ensuite, seuls et de façon éclairée, leur église. C’est-à-dire de former des hommes de bonne volonté. Il y a d’ailleurs Clanricard l’instituteur, qui est lui-même un de ces hommes de bonne volonté quand il parle à ses enfants. Et puis plus prosaïquement aussi de distribuer aux très nombreux élèves de l’école un morceau du ruban tricolore que j’ai coupé avec l’inspectrice et la directrice …

Quelques lignes de Jules Romains pour comprendre l’amitié, tirées des Copains : « Tu ne te souviens pas, dit Bénin, d’autres fois pareilles à celle-ci ? Je repense soudain au point culminant d’une balade énorme que nous fîmes l’autre année. Je nous revois tous les deux, traînant côte à côte, vers les deux heures de l’après-midi, et arrivant à un carrefour (…) Je me rappelle, mon vieux Broudier, que tu as dit : « Je suis heureux (…) Nous ne demandions plus rien, nous n’espérions plus rien. Et notre bonheur était dans un équilibre tel que rien ne pouvait le culbuter (…) N’y aurait-il eu que cela dans ma vie, que je ne la jugerais ni sans but, ni même périssable. Et n’y aurait-il que cela, à cette heure, dans le monde, que je ne jugerais le monde ni sans bonté, ni sans Dieu. »

On peut lire aussi le discours de réception de Jean d’Ormesson à l’Académie sur Jules Romains.

Odelette nocturne, Paul Valery

Quelques vers magnifiques dans un monde de brutes. Le français est une belle langue, plus belle que le mandarin :

Ecoute la nuit …
Tout devient merveille,
Le silence éveille
Une ombre de bruit…

Une ombre de voix
N’est-ce point la mienne
Dont l’âme te vienne
Si loin que je sois ?

Va, ne doute point !
C’est moi, c’est moi-même
Le même qui t’aime
Si proche de loin,

Se parle de toi
Le drap sur la bouche,
Blotti dans sa couche
Et seul avec soi

Tout n’est plus que rien,
qu’une peine tendre
et le mal d’attendre
On ne sait quel bien …

J’implore tout bas
Dans la nuit obscure
La claire figure
Que tu ne vois pas.

J’implore si fort
Tout est si tranquille
Qu’à travers la ville
Où tout fait le mort

Une ombre de voix
Qui sera la mienne
Dans l’âme te vienne
Si loin que je sois ! …

Perrichon au vieux Colombier

comedie-francaiseDécidément, la Comédie Française doit croire les spectateurs incapables de comprendre les textes. Dans le Voyage de Perrichon, Julie Brochen doit craindre que nous ne comprennions pas la critique de caractère peinte par Labiche. Critique contre la vanité. Alors, Madame Brochen, qui met en scène, s’evertue avec une parfaite efficacité à rendre un spectacle gai et pétillant en une pièce triste et inquiétante. Avec une mise en scène qui se résume à quatre strapontins (sûrement prélevés dans la salle : cela aura au moins permis à quatre spectateurs d’échapper à l’épreuve) et un piano aux mélodies souvent dysphoniques (ça fait plus chic) et sinistres. Et puis cette manie snob du Théatre Français de faire désormais jouer deux ou trois personnages par le même acteur, sans doute un effet de la crise économique. Sans parler du rôle masculin confié à une femme (technique dont l’utilité ne saute pas au yeux du béotien que je suis), sans doute un effet d’une vision exacerbée de la parité. Seul Pierre Vial sauve Labiche : drôle, grotesque, vaniteux à souhait. Il est, lui, un Perrichon parfait. J’espérais passer un bon quart d’heure; le problème est que la pièce en aura duré six.

Pouvez-vous me passer le sel, SVP ? Mihi salem trade, quaeso ?

D’abord, bien s’imprégner. À défaut de messes en latin, devenues rares par les temps qui courent, malgré les assouplissements de Benoît XVI, écoutez en boucle les Carmina burana de Carl Orff ou un bon requiem (par exemple celui de Fauré). Mieux : devenez ecclésiastique. Pas l’un de ces simples curés courant d’une église à l’autre expédier des messes en français devant un maigre public, mais un ecclésiastique ambitieux à visées vaticanes. Nommé à Rome, vous ne deviendrez peut-être pas tout de suite pape, mais vous aurez au moins l’occasion d’écouter pendant les dîners à la curie vos confrères et futurs rivaux vous demander en latin de leur passer le sel (mihi salem trade, quaeso) ou de leur éclaircir les idées d’un coup de chianti (car In vino veritas).

Et puis s’entraîner. Apprendre à bien articuler – par exemple vobiscum – non à la française (le « v » prononcé comme dans « vélo » et le « um » comme dans « humide »), ni même à la catholique (le « um » comme dans « rhum »), mais selon la prononciation restituée, celle des vrais Romains d’antan, telle qu’on l’a reconstituée à partir de judicieuses déductions.

Ainsi, quand Cicéron nous raconte dans son De divinatione que Crassus, embarquant son armée à Brindes et entendant sur le quai le cri d’un marchand de figues (« cauneas ! ») , aurait dû comprendre « cave ne eas » (ne pars pas !) et s’abstenir sagement d’une expédition qui devait lui être fatale, il nous prouve que « v » et « u » se prononçaient de la même façon (« ou »). Vobiscum se dit donc « hou-o-bis-coum » et les fameux mugissements bovins du doux Virgile, « mugitusque boum » , prennent, correctement expectorés, des allures d’onomatopées (« mOUguitOUsscOUé bohOUm » !).« Quel tohou-bohou ! », comme me dit un jour le regretté Marcel Arland, qui préférait en tout la litote.

Évidemment, prononcer ne suffit pas, il faut comprendre. Vous ne pourrez faire l’impasse des cinq déclinaisons, des quatre conjugaisons, de quelques verbes irréguliers et d’une bonne poignée de règles de grammaire. Quelques auteurs faciles pour vous faire les dents (César, mais souvent aussi Ovide, ou, pourquoi pas ? Descartes) et hop ! votre vie va changer. Vous vous promènerez plus lumineusement dans l’espace et dans le temps. 

Vous comprendrez enfin l’inscription gravée au fronton de l’Institut : « IUL.MAZARIN. S.R.E.CARD. BASILICAM ET GYMNAS.FC.A MDCLXI » (en gros, c’est Mazarin qui a tout fait !). Vous saurez, contrairement à tant de journalistes, qu’on ne peut dire des persona non grata (puisque persona est un singulier ; au pluriel il faudrait personae non gratae).

Vous ne pourrez peut-être pas faire du premier coup des vers latins comme Baudelaire ou Rimbaud, ni écrire, comme Jaurès, une thèse complémentaire intitulée De primis socialismi germanici lineamentis, mais vous saisirez enfin le sens de mille expressions : a priori, par exemple, qui est l’abréviation d’a priori ratione quam experientia (par la raison avant que par l’expérience), ou Homo homini lupus, qui n’évoque pas des risques de taches sur le visage liés à l’homosexualité mais la sauvagerie humaine vue par Hobbes (« L’homme est un loup pour l’homme ») – homme, comme homo , désignant l’être humain en général, quel que soit son sexe, donc aussi bien une candidate à la direction du PS qu’un commandant de CRS un peu musclé.

Question muscle, vous pourrez lire (c’est bien le moins) Astérix en VO et last but not least(ultime sed non minime), vous comprendrez les joyeuses obscénités de Catulle ou de Martial. Ce sera presque le bonheur.

Il vous restera à apprendre le grec.

Le Figaro

Lire aussi : Dans le latin, tout est bien

Jean d’Ormesson : je serai à la pose de la premère pierre du collège Kléber-Haedens

Le Figaro Philippe JuvinJean d’Ormesson : «N’hésitez jamais à vous battre pour les écrivains et de droite et de gauche quand ils sont attaqués par des partisans de la censure.»

Depuis plusieurs semaines, le MoDem des Hauts-de-Seine conteste au maire de La Garenne-Colombes, Philippe Juvin, le droit de baptiser un collège du nom de l’écrivain Kléber Haedens. Raison invoquée : sa collaboration au quotidien L’Action française. Kléber Haedens est l’auteur de nombreux romans édités chez Grasset. Il était critique littéraire, chroniqueur sportif et gastronomique notamment à Paris-Presse, au Journal du Dimanche et à France-Soir. Jean d’Ormesson s’insurge contre une polémique qu’il juge déplacée, et funeste pour la littérature.

E.M.

Le conseil général des Hauts-de-Seine et la ville de La Garenne-Colombes ont décidé de construire un nouveau collège sur le territoire de la commune. Sur proposition de son maire, M. Philippe Juvin, vice-président du conseil général, le conseil municipal a eu une bonne idée : il a décidé de donner au nouveau collège le nom de Kléber Haedens.

Kléber Haedens était un géant, une force de la nature. Il aimait l’opéra, le rugby, le cassoulet que sa femme Caroline préparait à merveille et la littérature. Il a écrit une merveilleuse Histoire de la littérature française et des romans inoubliables : Salut au Kentucky, L’été finit sous les tilleuls ou Adios. Beaucoup avaient pour lui de l’affection et de l’admiration et ne l’ont pas oublié.

Je l’aimais. Il avait appartenu à l’Action française et je ne partageais pas ses idées politiques. Mais l’amour de la littérature est bien au-dessus des divergences politiques et je serai fier et heureux de présider, cet après-midi, aux côtés de M. Philippe Juvin.

Voilà que, venant notamment du MoDem, quelques voix s’élèvent pour protester contre le choix du nom de Kléber Haedens. J’apprends aussi qu’à Strasbourg, sur les murs d’une bibliothèque où figurent des citations d’écrivains, le nom de Céline a dû être effacé. À quelles bassesses sommes-nous en train de descendre ? La littérature se moque bien de la politique. Aragon était communiste. Je l’admirais plus que personne et j’ai toujours défendu son talent qui allait jusqu’au génie. N’hésitez jamais à vous battre pour les écrivains et de droite et de gauche quand ils sont attaqués par des partisans de la censure. Contre la bêtise et l’intolérance, je suis du côté du stalinisme, de l’anarchie, du trotskisme et de l’Action française.

J’espère que M. François Bayrou, en bon représentant d’un Sud-Ouest où le rugby est roi, dénoncera publiquement les excès des siens qui, si près du stade de Colombes, essaient en vain de censurer un excellent écrivain qui aimait tant le rugby.

Le figaro : mardi 26 novembre 2008

Haedens a-t-il vraiment écrit dans « je suis partout », journal ouvertement pro-nazi ?

« Je suis partout » est un des plus ignobles exemples de ce qu’a pu produire Vichy. Qui pourtant a quelques records à son triste palmarès. Et les opposants garennois à Kléber Haedens accusent celui-ci d’avoir écrit  dans ce « Je suis partout » qui fut ouvertement pro nazi.

Cette accusation, gravissime, est-elle vraie ?

Non, c’est un très très très gros mensonge. Un mensonge énorme et surtout pervers.

KH a écrit dans le « Je suis partout », mais AVANT la guerre. Le journal d’avant la défaite, avant Pétain, avant la collaboration, avant le virage kollabo de ce journal.

Car Je suis partout a été publié entre 1930 et 1940 avant de disparaître avec la défaite, pour reparaître à la solde de Vichy en 1941, pour devenir ouvertement pro nazi.

C’est là où l’accusation portée contre Haedens est perverse : car, si KH a bien écrit dans le journal, c’est pendant ces 10 ans, entre 1930 et 1940. A une époque où le journal ne collaborait pas, par définition ! Et il y a écrit 3 fois …

Qu’a-t-il écrit ? Deux articles littéraires en 1938 (un article sur la théorie du roman au XXème en février-mars, et un autre sur la violence en littérature en juin) et une nouvelle : ‘ »Pas de chance », en mars 1940. C’est-à-dire pendant la drôle de guerre.

Donc Haedens a-t-il écrit dans ce « Je suis partout » ouvertement pro nazi ?

Non. 

Est-il envisageable que ceux qui ont écrit le contraire reconnaissent maintenant leur erreur ? Car c’est évidemment une erreur, et non un mensonge délibéré … Je pense en particulier à deux anonymes actifs accusateurs sur le net : je pense qu’un des deux, si je crois comprendre leurs vraies motivations, fera amende honorable. L’autre non. Ils devraient se reconnaître.

Je pense surtout à tous ceux qui, de bonne foi, se sont fait abuser par des excités qui voulaient faire un coup politicien …  Ils ne seront peut être pas contents d’avoir été abusés ! Et ils auront bigrement raison !

En réalité, il n’y a pas de sujet Haedens-politique. Il n’y a qu’un sujet Haedens-littérature.

Certains ont voulu faire croire le contraire pour de minables raisons politiciennes.

Et pour ceux qui doutent encore : pas une seule personnalité du monde des lettres ou du monde de la politique n’a soutenu le Modem dans cette querelle … Même pas Bayrou ! On comprend pourquoi tellement l’accusation était folle !

Françoise, Jallez, Jerphanion : les voies de l’esprit

« Je me suis toujours fait une idée extraordinaire de ces vagabondages à
travers la ville quotidienne… Avec une préférence pour certains
parages, certaines directions que je trouve plus émouvantes… Il est
très difficile de faire cela avec quelqu’un. Pour mille raisons que
vous entrevoyez. Il n’y a pas de situation où se découvre mieux la
sottise des gens, ou leur vulgarité, ou leur absence complète de
personnalité, leur impuissance à sentir les choses par eux-mêmes, leur
défaut de poésie… et aussi l’ennui essentiel qui les habite… Et
pourtant errer ainsi, en compagnie d’un être pour qui on éprouve une
affection profonde, une fraternité… c’est pour moi un des sommets de
la vie…sans rien exagérer, je vous assure…et pas un sommet réduit
à la pointe d’un instant, non, un sommet à large courbure, qui se
développe pendant des heures, comme ces belles vieilles montagnes,
autant plateaux que montagnes… »

Françoise, Chapitre XXXV, in Les Hommes de bonne volontés, Jules Romains

La trahison des clercs : Julien Benda

Un des livres indispensables à l’exercice de la politique et de la démocratie. Clair et limpide. Mais très très dérangeant : personne n’est épargné. Aron en faisait un livre clé de sa réflexion. Julien Benda se propose de définir le rôle de l’intellectuel. L’intellectuel se doit de sortir de sa réserve dès lors que la vérité et la justice sont menacées. Il ne doit surtout pas s’impliquer dans les affaires courantes. Il doit se consacrer à ce qui est sa vocation première : la méditation, la connaissance désintéressée, l’amour du beau, toutes choses en somme qui le distinguent de l’homme de parti. A cette figure de l’intellectuel, Benda oppose ce qui, au moment où il écrit, est en passe de devenir l’une des figures les plus courantes de l’intelligentsia : l’intellectuel engagé dans un parti ou proche d’un parti. Benda a alors surtout à l’esprit les intellectuels de l’Action française. Benda y fustige « la tendance à l’action, la soif du résultat immédiat, l’unique souci du but, le mépris de l’argument, l’outrance, la haine, l’idée fixe », en bref tout ce qui fait la passion politique des hommes d’action (les laïcs) et tout ce qui doit rester étranger au savant et au moraliste, c’est-à-dire au clerc. Il n’y condamne cependant pas absolument l’engagement de l’intellectuel, exigeant que celui-ci ne descende sur la place publique et n’intervienne dans le débat séculier que pour faire triompher les idéaux abstraits et désinteressés du clerc : la vérité, la justice, la raison, la liberté intellectuelle et sociale.

Haedens boîte aux lettres de la Résistance

Lyon, 1942: »Je convins, en outre, avec Kléber Haedens, replié à Lyon et qui chaque après-midi travaillait de deux heures à dix heures du soir dans la salle de lecture de la Maison de la Presse, que quiconque se présenterait à lui porteur d’un mot de passe dont nous convînmes pourrait lui laisser du courrier pour moi, des rendez-vous et des messages. Cette boîte aux lettres-là, je la lèverais moi-même ».

Guillain de Bénouville, « Le Sacrifice du Matin », Robert Laffont, 1946

Collège Kleber Haedens

Jean d’Ormesson sera donc à La Garenne pour poser la première pierre du futur collège Kleber Haedens (KH). Il en profitera pour rappeler que Kleber Haedens, qui fut son ami, serait probablement entré à l’Académie s’il n’était pas décédé prématurément. Il en profitera aussi pour rappeler qui fut Kleber Haedens, et tordre le coup à l’entreprise de désinformation folle créée de toute pièce par mes opposants locaux.

La vérité ? KH fut un grand critique littéraire, libre et anarchiste de droite : comme le dit le Figaro littéraire (attention , un journal réactionnaire …) :  »Kléber Haedens brossa pour ses lecteurs un magnifique tableau des lettres. Si l’on voulait savoir ce qu’il fallait penser de Sagan, de Le Clézio, de Butor ou de Michel Déon, il fallait lire Haedens. Des générations de jeunes gens ont appris à aimer les livres dans son Histoire de la littérature française, admirable essai, écrit à moins de trente ans, où il fait découvrir Maurice Scève, Ronsard et Stendhal et tire avec irrévérence les barbiches de Hugo, Flaubert et Zola. »

Mes opposants reprochent à Kleber Haedens, non pas ses écrits, mais d’avoir écrit dans des revues maurassiennes. La belle affaire. Et là, amalgame et tout le bastringue. Maurras = extrème droite = Vichy = Pétain = Collaboration. Et voilà Haedens, qui ne fit jamais de politique de toute sa vie d’écrivain, présenté comme embrigadé dans les colonnes nauséabondes de l’Etat français. Comme le dit Le Figaro, « On ne fait pas plus sot ». Trois lettres cruelles pour mes opposants mais tellement vraies … On ne fait pas plus sot car amalgamer les royalistes aux collaborateurs est un raccourci digne des plus beaux procès staliniens (Bénouvlle et Estienne d’Orves n’étaient-ils pas issus des milieux royalistes ?) … On ne fait pas plus sot car rien dans les écrits de Haedens ne fait l’apologie de tout ce que j’ai toujours condamné. On ne fait pas plus sot car Kleber Haedens passa la guerre à Lyon, où il aida Bénouville, un grand résistant. Alors, mes détracteurs ennuyés par la réalité de ce KH qui ne colle pas avec ce qu’ils veulent démontrer, trouvent des défauts au grand résistant : il était … de droite … Mes détracteurs ne savent-ils pas que la droite aussi a résisté … ? Au même moment, Sartre montait ses pièces devant des officiers allemands dans Paris occupé.

Curieuse société où on procède par excommunication sans prendre le temps de lire. Un des conseillers municipaux d’opposition osant même un fulgurant : « pas besoin de lire KH pour le condamner » qui restera dans les annales… On disserte à l’envie sur le mot liberté, mais on excommunie illico tout individu qui ose faire preuve de liberté et d’indépendance d’esprit. Car KH était indépendant d’esprit : il n’aimait ni Voltaire ni Flaubert ni Hugo. Et le disait ! La belle affaire ! Alors, je vais révéler un secret aux anti KH : l’histoire de la littérature est pleine de ces histoires d’opposition. Vous ne le répéterez pas, mais ce sont justement ces querelles qui font la richesse de la pensée : la querelle des anciens et des modernes, le contre Sainte-Beuve … La littérature n’est pas un congrès du Modem, où il n’y a qu’une vérité, celle du chef.

En fait mes opposants dissertent sur la liberté, mais restreignent celle-ci dès que leur prêt-à-penser n’est pas respecté. Liberté de penser donc, mais selon des standards. Les mêmes auraient pu condamner les Fleurs du Mal et mettre le feu à Hernani lors de la première. Des conservateurs génés dans leurs certitudes, qui cachent leur grand conservatisme sous des discours moralisateurs et progressistes. On savait depuis Bové que les pires conservateurs avaient un discours révolutionnaires, mais là … 

Alors pourquoi avoir choisi KH ? Parce que c’était un polémiste de grand talent, et que son Histoire de la littérature fançaise est une leçon d’anticonformisme intellectuel et de liberté de penser. Deux qualités dont semblent cruellement dépourvus les moralisateurs qui veulent faire d’Haedens, sans avoir pu citer un seul paragraphe ambigü de sa plume, un affreux collabo…Et le Figaro littéraire de conclure : « En plaçant les collégiens sous le signe bienveillant de Kléber Haedens, le maire de La Garenne-Colombes leur donne une chance d’acquérir une vertu qui n’est pas au programme : la liberté de penser. »

Le sublime fut récemment atteint quand les opposants à KH se firent les défenseurs des valeurs de la République (rien de moins) contre KH et votre serviteur, coupables d’attenter à celles-ci. Quel spectacle que la défense des valeurs de la République mise à toutes les sauces, de façon anonyme (l’internet est bien pratique …) et sans aucun danger, au chaud derrière son ordinateur ! Il est vrai que tous ces combattants de salon devraient m’impressionner, moi qui n’ai passé cette année que deux petits mois en Afghanistan pour y défendre justement ces quelques valeurs. Il est intéressant de noter d’ailleurs qu’une des plus excitées commentatrices anti KH m’avait justement reproché d’être allé à Kaboul ! C’est la preuve que tout est bon pour s’opposer … Léon Daudet (j’aggrave mon cas) parlait de révolutionnaires de comptoir …

Enfin, depuis quelques jours, l’Opposition prend conscience du ridicule de leur position. En effet, les témoignages de ceux qui ont connu Haedens commencent à arriver et à contredire leur version. Et tous ceux qu’ils ont abusé risquent de leur en vouloir (ils auraient bigrement raison !!) . Ils tentent donc une marche arrière sans le dire, qui n’ait pas trop l’air d’une retraite. La dernière ? Tenez vous bien : le conseiller du Modem m’a dit qu’il voulait finalement bien du nom de Kleber Haedens … mais « pour une rue » (!) « pas un collège »… Je pose donc une question idiote : si vraiment tout ce que vous dites est vrai, et que Kleber Haedens est aussi amoral que cela, pourquoi accepter de baptiser une rue de son nom … :-) . En attendant, le blog de l’opposition à KH a avoué censurer les témoignages de ceux qui, nombreux, contredisaient leur folle version ! Belle preuve d’attachement à la liberté d’expression. 

La mauvaise foi permet donc d’aller bien bas, mais jamais très loin. Alors terminons par Bernanos, un affreux écrivain de droite (tiens, il faudra aussi penser à débaptiser les collèges Bernanos) : « Jamais, jamais, nous ne nous lasserons d’offenser les imbéciles »…

Et pour  ceux qui veulent (vraiment) se faire leur idée, et qui ne se satisfont pas du prêt à penser :

Une histoire de la littérature française , Grasset

Adios, Grasset

Salut au Kentucky, Grasset

Salut à Kleber Haedens (biographie par Etienne de Montety, patron du Figaro littéraire), Grasset

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