France Culture : « Faut-il lifter l’hôpital ? »
J’étais l’invité hier de l’émission « du grain à moudre sur France Culture » sur le thème de l’hôpital.
Retrouvez l’intégralité des débats : ici
J’étais l’invité hier de l’émission « du grain à moudre sur France Culture » sur le thème de l’hôpital.
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José Aboulker est mort. Il était Compagnon de la Liberation. Il fut mon patron à Beaujon quand j’étais externe. Alors que je n’étais qu’un « petit étudiant hospitalier », il avait appris que je m’intéressais à la politique. Il m’avait invité dans son bureau et nous avions parlé. Enfin, disons plutôt que je l’avais écouté au début . Puis il m’avait fait parler, se demandant ce qui poussait un jeune à s’engager en politique dans une époque qu’il avait qualifiée de triste. Je me souviens de cette longue discussion. Patron à l’ancienne, impressionnant. Ses souvenirs : de Gaulle, le débarquement d’Afrique du Nord, Juin (qu’il n’aimait pas), Weygand (qu’il n’aimait vraiment pas). J’avais été tellement séduit que j’avais rempilé : deux stages coup sur coup dans son service ! Et malgré ça, je ne suis pas devenu neurochirurgien ! Je garde un souvenir ému de ce grand homme.
On note de plus en plus de cas de grippe A à l’hôpital. Ainsi que des cas graves qu’on ne voyait pas ou peu la semaine dernière encore. De plus, il est assez inquiétant de constater que le virus s’attaque aussi à des personnes jeunes en bon état général. Des décès sur des sujets immunocompétents ont été décrits, selon la ministre de la santé. Que les choses soient claires : il faut se faire vacciner ! Ce n’est pas le vaccin qui est dangereux, c’est le virus. Et ceux qui appellent à ne pas se faire vacciner !
Nuit de garde sur l’ambulance de réanimation de Champerret. faible activité diurne. Grosse activité nocturne. AVP, plaie par arme à feu … Je vieillis … heureusement que l’équipe était très bien, avec en bonus un collègue interne militaire du VDG parfait.
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Demain matin, de 7h50 à 8h20, je serai l’invité de France bleu idf 107.1 FM sur l’hôpital.
Drôle de journée : j’apprends par la presse que la CME de l’APHP a voté, tenez-vous bien, une motion condamnant mes propos dans le JDD. J’ai bien lu : une vraie condamnation en place publique. Et moi qui croyais que cela ne se faisait plus. J’adore la mode rétro. D’ailleurs, je revois toujours avec plaisir les Tontons flingueurs.
Je ne cache pas qu’il aurait d’abord été plus correct d’apprendre directement d’un de mes collègues la décision de la CME de mon établissement. Délicatesse confraternelle, d’autant que j’y ai des amis. A part quelques uns, que je remercie, qui l’ont fait sous le sceau du secret, aucun collègue membre de la CME n’a eu en effet le temps/courage de me passer un coup de fil pour me lire cette motion …
De plus, le procédé est assez curieux : un jugement avant procès. Etait-il si urgent de voter sans prendre le temps de m’entendre ? Drôle de procès donc où le verdict tombe sans que l’accusé ne puisse être entendu … « Inutile d’entendre ses explications. On sait à qui on a affaire (NDLR un secrétaire national de l’UMP qui défend le gouvernement). Les commentaires de la presse parlent d’eux-mêmes ». Franchement, cela fait un peu procès de Moscou, ce truc.
Par ailleurs, je n’ai pas souvenir d’une telle démarche de condamnation ad-hominem par la CME : cela signifie-t-il que désormais Patrick Pelloux, qui ne cesse (hélas, mais il ne peut s’en empêcher !) de critiquer le système va faire l’objet d’une motion à chaque fois qu’il parlera ? Mauvaise nouvelle pour ses membres : il va falloir que la CME se réunisse souvent car Pelloux est très très bavard. Et puis le Pr Even qui a critiqué l’APHP a-t-il été ainsi condamné sur la place publique ? Et puis tant d’autres qui ont exprimé un avis critique ? Non.
Mais sur le fond, il est intéressant de noter que mes propos (10.000 décès liés à l’exercice médical) ont été confirmés par une bande de très dangereux anarchistes : la ministre de la santé, le président de SAMU de France, le patron du service de securité sanitaire du médiateur de la République … Et puis, l’étude ENEIS, la seule étude française disponible aujourd’hui qui confirme mes chiffres, a montré que ces 10.000 n’étaient, hélas, pas une vue de l’esprit (article du Figaro 15/01). A croire que nous ne lisons pas la même littérature médicale.
Certes, certains condamnent mes propos sans les avoir lus. Ou plutôt en se référant aux commentaires « sensationalistes » de certains journalistes (par exemple, « mes » 10.000 décès se transformant en 10.000 « erreurs médicales » …). Mais je ne peux pas leur en vouloir. C’est vrai, il faut comprendre, on ne peut pas exiger de tout le monde de lire mes propos avant de les juger.
Pour conclure, je remercie tous ceux qui m’ont dit leur amitié devant cette réaction bien peu appropriée. Je ne les ai pas encore individuellement remerciés car ils sont (ouf!) nombreux. Et peut-être plus particulièrement ceux qui, habituellement en total désaccord avec moi sur mes positions politiques, m’ont dit tout le mal qu’ils pensaient de cette manière cavalière de jouer avec l’honneur d’un collègue.
Bon, il faut décidément que je revois les Tontons Flingueurs. Les vrais avec le bourre-pif et la polonaise, c’est plus drôle.
Le Pr Philippe Juvin, Secrétaire national de l’UMP et chef de services de l’hôpital Beaujon appelle à refuser les polémiques face au décès du nourrisson survenu à l’hôpital Bullion. « C’est avant tout un drame humain pour l’enfant, pour sa famille et pour la communauté hospitalière dans son ensemble. »
Pour le Secrétaire national, « il n’y a pas, contrairement à ce qui continue à être dit, de manque de moyens à l’hôpital. L’hôpital doit mieux s’organiser et c’est l’objet de la future loi Bachelot ».
Au-delà de cette nouvelle tragédie, le Pr Juvin rappelle que « plus la médecine est performante, plus il y a malheureusement de risques d’accidents liés à la technicité de plus en plus grande des soins. Près de 5% des hospitalisations en France sont dues à des accidents médicaux. Plus on repousse les frontières de la médecine, plus on s’expose à des accidents médicaux. Mais il ne faut pas se résigner : la France doit désormais se doter des outils d’analyse des accidents médicaux. D’autres pays l’ont fait comme les Etats-Unis. Pour améliorer la sécurité des patients, il faut analyser les accidents médicaux avec rigueur, afin d’en tirer toutes les leçons. Cela s’est fait depuis 20 ans en anesthésie : la mortalité liée à cette spécialité a été divisée par dix par la simple mise en œuvre de recommandations issues des analyses des accidents. Une telle démarche de « retour d’expérience » ou « d’analyse du risque » doit aujourd’hui se faire dans tous les domaines médicaux. Là encore, c’est bien d’une meilleure organisation et d’une analyse des pratiques dont nous avons besoin, et pas de moyens supplémentaires.»
Philippe Juvin ajoute que « Roselyne Bachelot m’a justement annoncé qu’elle demanderait une analyse des accidents survenus ces dernières semaines pour en tirer les leçons. »
Le Secrétaire national de l’UMP conclut : « si l’on ne veut plus de que de tels drames se reproduisent à l’avenir, il faut mieux organiser les soins et analyser avec rigueur tous les accidents médicaux pour en tirer toutes les leçons : ce sont les objectifs de la loi Bachelot.»
L’UMP, par la voix du Pr Philippe JUVIN, Secrétaire national du parti majoritaire et chef du service des urgences à l’hôpital Beaujon, apporte son soutien au projet de loi « Hôpital, patients, santé et territoires » que Roselyne BACHELOT présentera bientôt au Parlement.
Il faut tirer les leçons du drame de Massy. Il faut sortir du seul débat des moyens : l’argent ne résout pas les problèmes de fond. C’est le mal français de penser que l’argent est seul gage d’efficacité ! L’hôpital souffre d’un grave défaut d’organisation. Par exemple, qui décide quels lits peuvent fermer et quand ? Aujourd’hui : personne et tout le monde. L’hôpital public, c’est encore trop de petits chefs inefficaces et rarement un pilote régional capable d’imposer une vision stratégique. L’hôpital souffre aussi d’une articulation insuffisante avec les soins de ville et les structures de convalescence et de retraite.
Comment faire ? La loi BACHELOT qui est en discussion répond à ces objectifs : donner à l’hôpital une organisation, une stratégie et une direction. Bref, un pilote.
Pour sauvegarder l’hôpital public, il faut le réformer. Lui donner du sens. C’est l’objet de la loi Bachelot. Je fais la proposition à tous ceux qui croient au service public hospitalier à se réunir autour d’une table, à enrichir cette loi de leurs réflexions et à construire l’hôpital de demain. Pour que dorénavant jamais aucun drame ne se reproduise par défaut d’organisation.