Jean d’Ormesson sera donc à La Garenne pour poser la première pierre du futur collège Kleber Haedens (KH). Il en profitera pour rappeler que Kleber Haedens, qui fut son ami, serait probablement entré à l’Académie s’il n’était pas décédé prématurément. Il en profitera aussi pour rappeler qui fut Kleber Haedens, et tordre le coup à l’entreprise de désinformation folle créée de toute pièce par mes opposants locaux.
La vérité ? KH fut un grand critique littéraire, libre et anarchiste de droite : comme le dit le Figaro littéraire (attention , un journal réactionnaire …) : »Kléber Haedens brossa pour ses lecteurs un magnifique tableau des lettres. Si l’on voulait savoir ce qu’il fallait penser de Sagan, de Le Clézio, de Butor ou de Michel Déon, il fallait lire Haedens. Des générations de jeunes gens ont appris à aimer les livres dans son Histoire de la littérature française, admirable essai, écrit à moins de trente ans, où il fait découvrir Maurice Scève, Ronsard et Stendhal et tire avec irrévérence les barbiches de Hugo, Flaubert et Zola. »
Mes opposants reprochent à Kleber Haedens, non pas ses écrits, mais d’avoir écrit dans des revues maurassiennes. La belle affaire. Et là, amalgame et tout le bastringue. Maurras = extrème droite = Vichy = Pétain = Collaboration. Et voilà Haedens, qui ne fit jamais de politique de toute sa vie d’écrivain, présenté comme embrigadé dans les colonnes nauséabondes de l’Etat français. Comme le dit Le Figaro, « On ne fait pas plus sot ». Trois lettres cruelles pour mes opposants mais tellement vraies … On ne fait pas plus sot car amalgamer les royalistes aux collaborateurs est un raccourci digne des plus beaux procès staliniens (Bénouvlle et Estienne d’Orves n’étaient-ils pas issus des milieux royalistes ?) … On ne fait pas plus sot car rien dans les écrits de Haedens ne fait l’apologie de tout ce que j’ai toujours condamné. On ne fait pas plus sot car Kleber Haedens passa la guerre à Lyon, où il aida Bénouville, un grand résistant. Alors, mes détracteurs ennuyés par la réalité de ce KH qui ne colle pas avec ce qu’ils veulent démontrer, trouvent des défauts au grand résistant : il était … de droite … Mes détracteurs ne savent-ils pas que la droite aussi a résisté … ? Au même moment, Sartre montait ses pièces devant des officiers allemands dans Paris occupé.
Curieuse société où on procède par excommunication sans prendre le temps de lire. Un des conseillers municipaux d’opposition osant même un fulgurant : « pas besoin de lire KH pour le condamner » qui restera dans les annales… On disserte à l’envie sur le mot liberté, mais on excommunie illico tout individu qui ose faire preuve de liberté et d’indépendance d’esprit. Car KH était indépendant d’esprit : il n’aimait ni Voltaire ni Flaubert ni Hugo. Et le disait ! La belle affaire ! Alors, je vais révéler un secret aux anti KH : l’histoire de la littérature est pleine de ces histoires d’opposition. Vous ne le répéterez pas, mais ce sont justement ces querelles qui font la richesse de la pensée : la querelle des anciens et des modernes, le contre Sainte-Beuve … La littérature n’est pas un congrès du Modem, où il n’y a qu’une vérité, celle du chef.
En fait mes opposants dissertent sur la liberté, mais restreignent celle-ci dès que leur prêt-à-penser n’est pas respecté. Liberté de penser donc, mais selon des standards. Les mêmes auraient pu condamner les Fleurs du Mal et mettre le feu à Hernani lors de la première. Des conservateurs génés dans leurs certitudes, qui cachent leur grand conservatisme sous des discours moralisateurs et progressistes. On savait depuis Bové que les pires conservateurs avaient un discours révolutionnaires, mais là …
Alors pourquoi avoir choisi KH ? Parce que c’était un polémiste de grand talent, et que son Histoire de la littérature fançaise est une leçon d’anticonformisme intellectuel et de liberté de penser. Deux qualités dont semblent cruellement dépourvus les moralisateurs qui veulent faire d’Haedens, sans avoir pu citer un seul paragraphe ambigü de sa plume, un affreux collabo…Et le Figaro littéraire de conclure : « En plaçant les collégiens sous le signe bienveillant de Kléber Haedens, le maire de La Garenne-Colombes leur donne une chance d’acquérir une vertu qui n’est pas au programme : la liberté de penser. »
Le sublime fut récemment atteint quand les opposants à KH se firent les défenseurs des valeurs de la République (rien de moins) contre KH et votre serviteur, coupables d’attenter à celles-ci. Quel spectacle que la défense des valeurs de la République mise à toutes les sauces, de façon anonyme (l’internet est bien pratique …) et sans aucun danger, au chaud derrière son ordinateur ! Il est vrai que tous ces combattants de salon devraient m’impressionner, moi qui n’ai passé cette année que deux petits mois en Afghanistan pour y défendre justement ces quelques valeurs. Il est intéressant de noter d’ailleurs qu’une des plus excitées commentatrices anti KH m’avait justement reproché d’être allé à Kaboul ! C’est la preuve que tout est bon pour s’opposer … Léon Daudet (j’aggrave mon cas) parlait de révolutionnaires de comptoir …
Enfin, depuis quelques jours, l’Opposition prend conscience du ridicule de leur position. En effet, les témoignages de ceux qui ont connu Haedens commencent à arriver et à contredire leur version. Et tous ceux qu’ils ont abusé risquent de leur en vouloir (ils auraient bigrement raison !!) . Ils tentent donc une marche arrière sans le dire, qui n’ait pas trop l’air d’une retraite. La dernière ? Tenez vous bien : le conseiller du Modem m’a dit qu’il voulait finalement bien du nom de Kleber Haedens … mais « pour une rue » (!) « pas un collège »… Je pose donc une question idiote : si vraiment tout ce que vous dites est vrai, et que Kleber Haedens est aussi amoral que cela, pourquoi accepter de baptiser une rue de son nom …
. En attendant, le blog de l’opposition à KH a avoué censurer les témoignages de ceux qui, nombreux, contredisaient leur folle version ! Belle preuve d’attachement à la liberté d’expression.
La mauvaise foi permet donc d’aller bien bas, mais jamais très loin. Alors terminons par Bernanos, un affreux écrivain de droite (tiens, il faudra aussi penser à débaptiser les collèges Bernanos) : « Jamais, jamais, nous ne nous lasserons d’offenser les imbéciles »…
Et pour ceux qui veulent (vraiment) se faire leur idée, et qui ne se satisfont pas du prêt à penser :
Une histoire de la littérature française , Grasset
Adios, Grasset
Salut au Kentucky, Grasset
Salut à Kleber Haedens (biographie par Etienne de Montety, patron du Figaro littéraire), Grasset