Philippe Juvin, le Blog
Député européen, Maire de La Garenne-Colombes
Président de la fédération Les Républicains des Hauts-de-Seine

Afghanistan | Philippe Juvin, le blog - Part 3

Actualités 'Afghanistan'

Humanitaire : J’ai l’impression d’être utile

Afghanistan - Humanitaire : J'ai l'impression d'être utile

Afghanistan, Kaboul J34 : Retour à Kaboul après les péripéties de Libé et de quelques fâcheux

Pourquoi les français sont-ils mieux acceptés par les populations que
les militaires d’autres nations ? En grande partie grâce à l’image du
service de santé des armées. Historiquement, la France a toujours
envoyé des médecins au-delà de ses frontières. Vision idyllique des

choses diront certains. Non, réalité de notre pays qui n’a jamais
imaginé sa présence au-delà de ses frontières sans une aide directe aux
populations civiles. Et les French doctors sont les petits-enfants des
médecins coloniaux. Même si certains d’entre eux professent un
antimilitarisme de principe, ils sont les dignes successeurs de leurs
aînés militaires. Cette réalité du rôle bénéfique du service de santé
des armées, toujours d’actualité, est primordiale pour la compréhension
du rôle de la France dans les conflits. Soigner, aider, custodere. Les
femmes et les hommes du service de santé des armées sont exceptionnels.
Ils se donnent aux autres. Et tous les militaires français que j’ai
rencontrés ici, au-delà du service de santé, ont la même foi en cette
certaine idée d’une France créée pour protéger ceux qui ne peuvent plus
se protéger eux-mêmes. Peut-on encore comprendre cela  en un temps où
l’individualisme prime ? Cette vidéo montre quelques sourires d’enfants
soignés qui suffisent à justifier la présence de l’armée française, en
Afghanistan et partout où elle est projetée.

Libé et RTL

Ce matin, article de Libé qui s’émeut de mon interview sur RTL. Au motif que je ne respecterais pas mon devoir de réserve lié à ma position sous les drapeaux. Ma première réaction est de me féliciter de l’intérêt nouveau de Libération pour la discipline dans les armées. Pour un journal dont l’antimilitarisme primaire est une constante depuis toujours, voilà qui est révolutionnaire. Puis suivent mes interrogations : pourquoi cet article ? Est-ce parce que Libé m’en veut d’avoir dit mon admiration pour les militaires présents sur le terrain ? Ou est-ce parce que j’ai souligné les insuffisances des matériels, comme tout le monde le fait ? Ou ne serait-ce pas plutôt parce que j’ai osé dire que le livre blanc apportait les bonnes réponses ? Quoi qu’il en soit, je remarque que Libé n’a pas été aussi critique vis-à-vis des généraux d’active qui se sont exprimés anonymement contre le Président de la République…Enfin, je rappelle que l’obligation de réserve n’a qu’une utilité : ne pas nuire à la cohésion des armées. Or, est-ce nuire à la cohésion des armées que de qualifier les militaires présents sur le terrain de « gens exceptionnels d’humanité ». Quant aux commentaires publiés sur le site web de Libé et dont certains en rajoutent dans la critique idiote à mon égard (par exemple en avouant ne même pas avoir entendu l’interview…), je leur dirai deux choses. Ne critiquez pas les réservistes qui viennent, sans rien attendre en retour, donner deux mois de leur temps à l’autre bout du monde. Car sans réserviste, plus de lien nation-armée. Et réjouissez-vous qu’il y ait encore des civils comme moi pour rendre hommage aux militaires, à leur mission et à leur honneur.

Philippe Juvin sur RTL Matin avec Christophe Hondelatte

J’étais ce matin (jeudi 26 juin) à 7h15 en direct sur RTL pour évoquer
avec Christophe Hondelatte, la situation en Afghanistan. L’émission
allie info, débats et échanges avec les auditeurs.

Philippe Juvin sur RTL Matin avec Christophe Hondelatte

Philippe Juvin sur RTL Matin avec Christophe Hondelatte
Je serai demain matin (jeudi 26 juin) à 7h15 en direct sur RTL pour évoquer avec Christophe Hondelatte, la situation en Afghanistan. L’émission allie info, débats et échanges avec les auditeurs.

Afghanistan, Kaboul J31 : Deux Caracals pour les forces spéciales et les évacuations sanitaires

Le moral des soldats
français est excellent. Et je ne fais pas de propagande à deux sous,
c’est vrai. Très professionnels. Pas d’excités. Conscients du danger et
réfléchis dans leur conduite. En revanche, nous pèchons par notre
matériel. Parfois en qualité, parfois en quantité. Exemple de ces très
beaux engins, les caracals, filmés aujourd’hui sur la DZ au moment où
ils emportaient des forces spéciales. Petite question : de combien
d’exemplaires disposons-nous en Afghanistan ? A la fois pour aller
chercher les blessés sur le terrain et pour participer aux opérations
militaires (car ces hélicoptères peuvent à la fois faires des
évacuations sanitaires et emporter des combattants dans des zones de
combat). Deux… Oui, deux seulement, sachant qu’ils opèrent ensemble
pour des raisons tactiques, l’un protégeant l’autre avec ses
mitrailleuses de coté que l’on aperçoit sur la vidéo. La disponibilité
en hélicoptères est donc incroyablement insuffisante. Cette faiblesse
de l’armée française n’est donc pas une légende. Je donne cette
information parce qu’elle ne trahit pas de secret. Et parce qu’elle
témoigne des insuffisances d’équipement pointées par le livre blanc. Ce
qui illustre ce que j’ai appelé la philosophie et la nécessité du livre
blanc : moins de chair à canon, plus de matériel. Deux caracals, à se
partager, pour tout le theatre afghan …. La quatrième armée du monde
dit-on ? Illustration par une conséquence heureusement sans gravité :
Il y a quelques jours, deux soldats français blessés sont restés plus
longtemps que prévu dans un hôpital américain car nous n’avions pas de
moyens aériens disponibles pour les récupérer. Vivement l’application
du livre blanc.

Afghanistan, Kaboul J30 : Forces spéciales et photo de groupe

En attendant, les services
français qui opèrent auprès des populations nous assurent de la bonne
image dont les soldats français bénéficient . J’ai la faiblesse de
penser que c’est vrai, et que l’aide à la population , médicale ou
autre, y fait beaucoup. Par ailleurs, quand on se promène dans un
village, on ne met pas le casque ni, parfois, le gilet. Et nos armes se
font discrètes. A la différence d’autres nations qui ont des soldats
plus brutaux, toujours arnachés et souvent à l’air menaçant. En photo,
nos tentatives locales d’ « afghaniser » le conflit : au bloc avec deux
infirmiers anesthésistes de l’ANA (Armée Nationale Afghane) qui
viennent se roder à l’anesthésie. En photo aussi, présentation par les
forces spéciales de leurs armements individuels. Globalement,
tout ce qui est sur la table est porté par un seul combattant … Mon
collègue et moi nous nous sommes essayés à faire comme eux … Enfin , LA
photo du séjour avec toute l’équipe devant le GMC.

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Afghanistan, Kaboul J29 : Blessè afghan et recrudescence des violences

La situation militaire est aujourd’hui médiocre pour les alliés. Encore des morts britanniques hier. L’Afghanistan est désormais le théatre le plus dangereux pour les pays occidentaux puisque, rapportées au nombre de militaires engagées, les troupes qui opèrent en Afghanistan ont plus de pertes que celles qui opèrent en Irak. Cette augmentation des violences à l’encontre des militaires est essentiellement le fait d’attaques par IED. La violence criminelle à l’encontre des civils a également beaucoup augmenté avec une recrudescence des enlèvements dans le but d’obtenir des rançons. Ces éléments, ajoutés à la grave crise économique vécue par le pays avec un quasi doublement du prix des aliments de base en un an, fragilisent le gouvernement et le rendent impopulaire. Il y aurait des émeutes si la force internationale n’était pas présente. Un gouvernement finalement pris dans l’impossibilité d’agir, empêtré dans la corruption et paralysé par le pouvoir des anciens chefs de guerre dans les provinces. Karzaï n’a pas su saisir sa chance en 2004 d’imposer les réformes. Il le paye maintenant de son immobilisme. Comment s’en sortir ? Sans doute en « afghanisant » le conflit, en continuant à soutenir le régime en place et en lui posant des conditions de moralisation de la vie publique. Et puis en étant assez fort contre les talibans pour être en mesure de leur tendre, le jour venu, la main. Petit montage vidéo montrant un patient de l’armée afghane qui a reçu de petits éclats dans le pied.

Afghanistan, Kaboul J28 : un bébé avec un gros cou

Appel de Maingate. Une femme aux allures de très vieille femme est à l’entrée du camp, avec un bébé. La sentinelle nous parle d’un traumatisme crânien et d une volumineuse bosse. Il aurait pu avoir raison car la femme porte un bébé qui présente effectivement une très grosse tuméfaction du cou, dans sa partie postérieure. Nous récupérons femme et enfant avec le VAB et les ramenons au GMC. La toute petite taille de l’enfant rend perplexe toute l’équipe habituée à poser scope, brassard à tension et autres appareils sur tout blessé qu’on lui confie. Et là, il n’ya pas de place, tellement l’enfant est microscopique, et notre matériel adulte inadapté. Un aide soignant futé découvre toutefois dans nos réserves un capteur à SpO2 pour bébé. L’enfant est emmailloté de plusieurs épaisseurs de linge sale. Plus qu’emmailloté, enroulé telle une momie. Patiemment M., l’infirmière, retire une à une les couches successives qui l’enveloppent. C’est une fille, elle s’appelle Leila. Elle est née il y a deux mois. La mère se porte bien, nous dit la vieille femme, qui est la grand-mère. Les raisons pour lesquelles la mère n’est pas là se perdent dans la relation que nous fait l’interprète. L’enfant serait né en post terme, et la grand-mère s’inquiète du cou de sa petite-fille. A juste titre. Il s’agit probablement d’un volumineux méningocele. Je l’endors pour pouvoir lui faire un scanner. Qui confirme le diagnostic , mais qui insinue le doute sur un hyperdensité dans l’excroissance. N’est-ce pas plutôt un spinabifida ? « X ray », surnom de notre manip radio, va envoyer les images à Paris. Dans tous les cas, nous sommes complètement démunis ici. Je décide de prendre contact avec l‘hôpital français mère-enfant de Kaboul. Deux heures plus tard, Leila, réveillée de son anesthésie, quitte le GMC dans les bras de sa grand-mère. Rendez-vous est pris à l’hôpital mère enfant où un chirurgien général décidera demain s’il peut l’opérer. Je suis assez pessimiste. En France, l’intervention aurait eu lieu. Et l’enfant aurait probablement guéri. Ici, même s’il était opéré, se poserait la question des soins post-opératoires. La question n’est donc pas seulement le geste chirurgical. Mais toute la chaine de soins derrière. C’est la limite du système. La grand-mère, que j’ai qualifié de « très » vieille femme a … 50 ans. Ou à peu près, elle ne sait pas exactement …. Voir la vidéo jointe.

Afghanistan, Kaboul J25 : Les légionnaires sont résistants

100_1076_2 Voici la photo du petit garçon à la main blessée, qui est visible sur la vidéo que vous pouvez voir sur ce blog à la date du 16 juin. Comme la photo en témoigne, il va mieux. Son père a le sourire, et sa sœur lui a rendu visite. Par ailleurs, j’ai annoncé hier soir à l’ouvrier qui a perdu ses yeux dans l’explosion d’une mine qu’il serait définitivement aveugle. Il a compris et encaissé le coup. Pour qu’il ne s’effondre pas, je lui ai dit que nous allions maintenant nous battre avec lui pour qu’il retrouve l’usage complet des pieds et des mains eux-aussi criblés dans l’explosion. Bref, le motiver. Lors de cette annonce, son père a fait un malaise et s’est, lui, effondré au sens propre dans la chambre. Sinon, la situation générale est assez dégradée : on compterait maintenant plusieurs dizaines d’évènements hostiles par jour, attaques à la roquette et IED représentant plus des trois quarts des situations. Hier, un VAB des OMLT a sauté sur un IED. Le véhicule a été projeté en l’air et la porte éjectée. Les deux militaires français qui étaient à l’intérieur s’en sont tirés avec des fractures et des contusions sans gravité. Apprenant qu’il s’agissait de deux légionnaires, un de mes collèges m’a prévenu : « tu verras, ils sont résistants ». Effectivement, à la descente d’hélicoptère, je vois mes deux gars s’avancer sur leurs pieds, un peu lentement mais sûrement, sans plainte particulière. Et gagner à pied leur chambre, malgré leur fracture … du rachis … (stable heureusement). Dans la même verve, après l’explosion qui a quand même, je le rappelle, soulevé le blindé…, un des deux militaires est sorti du VAB pour assurer à lui tout seul le périmètre de sécurité, malgré ses blessures et le choc. Effectivement, les légionnaires sont assez résistants…

Afghanistan, Kaboul J25 : début de l’offensive contre les talibans

L’offensive des troupes de l’ANA (Afgnanian National Army) aidées de celles de l’OTAN a débuté hier dans notre région en même temps que nous renforcions considérablement nos moyens militaires à Kandahar. Nous devons en effet pouvoir face à la nouvelle menace créée suite à l’attaque par les talibans de la prison d’où ils ont fait échapper un millier de prisonniers. De plus, les talibans ont annoncé qu’ils auront pris Kandahar cette semaine… L’intox est majeure, mais décision a quand même été prise de renforcer les postions de l’OTAN. Je donne ces informations parce qu’elles ne sont pas confidentielles, et qu’elles ont été largement annoncées par l’AFP. Heureusement, après quinze heures de combats, nous n’avons reçu aucun blessé, ni de chez nous, ni des troupes amies afghanes. C’est un ballet incessant d’hélicoptères au dessus de nous. Nuit et jour. Mais que nous n’entendons plus. On s’habitue à tout. Bien sûr, peu d’hélicoptères français… Essentiellement des américains. Je suis frappé par l’effet du Faucon noir, cet hélicoptère rendu célèbre par le fameux film. Ou plutôt par son silence. On entend ses pales seulement quand il est au dessus de nous. On ne l’entend pas du tout arriver. Miracle des ingénieurs. Nous continuons donc essentiellement de soigner les civils qui continuent à arriver. L’enfant à la main blessé d’avant-hier est réopéré ce matin ; le pronostic fonctionnel est assez mauvais. J’apprends en même temps que j’écris qu’un véhicule de l’ISAF (International Security Assistance Forces), probablement un VAB de chez nous, aurait sauté sur un IED. D’après les premières informations, un type en mobylette se serait infiltré dans le convoi et fait sauter contre le blindé. Nous aurions deux blessés. Un hélico américain est en route pour les récupérer sur les lieux de l’attaque. Un premier bilan fait état d’un U1 (extrème urgence),  et l’autre d’un blast de gravité indéterminée. Nous envoyons deux VAB médicalisés sur la DZ au cas où, et stoppons un bloc opératoire, toujours au cas où. J’interromps mes travaux d’écriture pour aller aux nouvelles.

Deux heures après, je reprends ma plume. Finalement, les blessures étaient heureusement moins graves. Nos deux blessés ont été récupérés par les américains et évacués dans leur hôpital le plus proche. On vient de les récupérer chez nous

Afghanistan, Kaboul J22 : Nuit au bunker, sauf pour l’adjudant

Petit film tourné dans le bunker pendant une alerte roquette. Il fait nuit, et on ne voit rien. On aperçoit un des patients que nous avions brancardé de l’hôpital vers l’abri peu de temps après que deux roquettes aient été tirées par les talibans sur notre camp. On ne voit pas grand-chose, mais on entend l’appel fait par un des officiers, pour s’assurer que chqcun est bien là. Cela donne l’ambiance… Pour la petite histoire, les deux roquettes, l’alarme et le bruit des cavalcades vers les abris n’avaient pas suffi à réveiller un très sympathique grand adjudant des OMLT, sans doute plus habitué et blasé que nous à être bombardé pendant son sommeil. Ce n’est que le lendemain qu’on lui a appris que nous avions passé deux heures dans les bunkers. Il était très reposé. Nous moins.

Afghanistan, Kaboul J21 : les enfants et les mines

Les mines sont les grands ennemis des enfants. Et certains médecins. L’histoire du petit Amad en témoigne. Il nous est arrivé ce matin, amené par son père qui s’inquiétait des douleurs manifestement très importantes dont se plaignait son fils. Il y a quatre jours, Amad a ramassé un morceau de métal. Un engin explosif qui lui a ouvert la main. Qui aurait pu causer des blessures bien plus graves, mais sans doute l’engin n’a-t-il pas réellement explosé. Son père l’a immédiatement conduit à un médecin. Celui-ci s’est contenté de lui faire un gros bon pansement. Pourquoi ? Je ne sais pas… en tout cas pas pour le guérir. Et pour cause. Car Amad a une fracture ouverte des os de la main, très douloureuse et inflammatoire. En tout cas maintenant infectée car négligée. Et perdre sa main dans un pays comme l’Afghanistan, a des conséquences que nous n’imaginons plus dans nos contrées. Perdre sa main, c’est réduire sa capacité à travailler, à se nourrir, à se défendre. C’est en pratique réduire son espérance de vie. Il est encore trop tôt pour dire si Amad pourra garder sa main fonctionnelle. J’ai été très ému par l’attitude très aimante de son père, désespéré devant la souffrance de son fils. Les photographies présentées ici se veulent un hommage à cet amour paternel qui éclate d’évidence sur ces images.

Afghanistan, Kaboul J18 : IED Improvised explosive Device

Img00140 Deux britanniques tués cette nuit lors d’une patrouille aux abords de leur camp après le soldat hongrois d’il y a quelques heures. Nos drapeaux sont en berne. On peut s’attendre à une recrudescence des attaques car la récolte du pavot se termine actuellement. Il y aura plus de bras disponibles pour tenir des armes contre nous dans quelques jours. Une des menaçes les plus importantes est représentée par les IED (Improvised explosive Device) : engins explosifs sur, sous ou au bord de routes, suicide bomber, voitures piégées … Les explosions sont causées par le contact avec un véhicule, ou le plus souvent mises à feu par un observateur qui déclanche le feu à distance. Hier cours par les spécialistes du BATFRA (Bataillon français)qui nous ont présenté les différentes menaces, les conduites à tenir en cas d’agression et les moyens de protection actuellement en fonction. Je n’en parle pas ici précisément pour des raisons évidentes de sécurité. Le métier de médecin (ni celui d’homme politique, quoique … !) ne prépare pas particulièrement à ces situations d’agression. Par exemple, il y a quelques semaines, un taliban s’est présenté au camp avec une jambe de bois pour être vu dans notre hôpital. La jambe de bois était bourrée d’explosifs… J’ai donc beaucoup écouté hier ! En photo, des exemples de systèmes de mise à feu, on remarquera la simplicité des systèmes (qui sont ici volontairement photographiés de façon incomplète), avec une prédilection pour les impulsions par horloge et téléphone portable.

Afghanistan, Kaboul J16 : coup de chauffe

Cette nuit, coup de fil de Maingate. Un homme en arrêt cardiaque, plusieurs impacts de balle. JY, notre urgentiste, va le chercher avec l’équipe VAB 3 minutes. L homme est en fait massé depuis au moins un quart d’heure. L’histoire est simple : un civil afghan sans histoire, blessé par trois impacts d’arme à feu, dont deux abdominaux. Nous débutons la réanimation puis direction le bloc où nos deux chirurgiens font une laparotomie de sauvetage. Sans succès. Plaies de la veine cave inférieure et du tronc porte. L’affaire était malheureusement sans espoir. Après une heure de réanimation, nous décidons d’arrêter. Les infirmiers anesthésistes veillent à préparer le corps selon les rites locaux : bouche fermée, les deux gros orteils attachés l’un à l’autre. Je ne connais pas la signification de ces habitudes. Quelqu’un saura-t-il me renseigner ? Ce matin, le frère est venu prendre le corps qu’il a emmené en taxi. Ce matin aussi, explosion de gaz : une quinzaine de soldats de l’ANA (armée nationale afghane) sont très gravement brûlés. Un pauvre homme brûlé à 100% arrive au GMC, il est conscient, nous parle et souffre le martyr. Nous le sédatons pour calmer ses douleurs. Il va probablement décéder dans les prochaines heures. A peu près au même instant, nous sommes avertis de l’arrivée de deux hélicoptères avec deux blessés de la même ANA. Au moment où j’écris ce mot, je ne sais pas ce qu’ils ont. On me dit que les hélicoptères n’ont pas encore décollé ; ils ne seront pas là avant une demi-heure. Le temps de manger un morceau et de préparer le matériel.

Afghanistan, Kaboul J15 : Virée à Phoenix

Hier, sortie de Warehouse pour rapatrier dans son camp de Phoenix un officier américain que nous avions opéré de l’appendicite il y a quelques jours. Il est membre de la garde nationale et en Afghanistan depuis décembre 2007. Jusqu’en … décembre 2008. Il me dit avec une certaine lassitude espérer une permission de … deux semaines en juillet. Voir la vidéo du parcours, et le montage. Parcours calme sans encombre sous la protection de l’escorte de deux blindés équipés de brouilleurs à cause des IED. A l’arrivée, contact pris avec l’infirmerie américaine : la chef est colonel de la garde nationale, c’est-à-dire civile rappelée, chirurgien gynéco dans l’Etat deNY. Séance photo avec son équipe, en particulier son pharmacien, elle-aussi de la garde nationale, en compagnie de Laurent, Infirmier anesthésiste de notre GMC et notre sergent-chef Olivier, qui essaye même les lits de l’infirmerie américaine … L’objectif principal de la mission était de faire connaissance avec l’équipe américaine. Pour quelques mises au point sur la conduite à tenir commune en cas de polytraumatisés chez les américains. Le colonel nous fait visiter son rôle 1. Je lui rappelle que nos infrastructures sont à sa disposition et elle me parle d’emblée de plusieurs cas de ses militaires qui pourraient déjà bénéficier de notre plateau technique. Les américains ont peu de place, mais très rentabilisé. Bon contact, volonté d’agir en commun, aucune arrière-pensée, gens intelligents et pragmatiques : elle me dit vouloir nous confier ses patients en toute confiance. Et nous arrêtons le principe d’un repas commun pour lui présenter notre hôpital, à Warehouse. L’équipe française avant de partir en profite pour gouter aux milkshakes et faire un baby à la Pizza-Hut (un vrai Pizza-Hut !) du camp avant la dernière photo souvenir en compagnie de l’adjudant chef et Laurent devant un indescriptible véhicule américain. Puis retour en convoi à Warehouse.

Philippe Juvin, maire, médecin et humanitaire

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Afghanistan, Kaboul J15 : Mallarmé

Parenthèse  : Lu dans Leautaud hier ces beaux vers de Mallarmé

Je vois, o calme noir, une mer lointaine

Dans le soir envahi de sables épars

J’ai cru distinguer une fée et ses arts

Et espéré en ce reve toucher la félicité

D’un sourire triste qui m’atteint et certaine,

Est-ce en vain que m’illumine cette vague de clarté ?

Les rapports avec l’Afghanistan ne sont, j’en conviens, pas évidents…

Afghanistan, Kaboul J14 : Custodere

Philippe Juvin - Afghanistan
Depuis hier, climat calme : blocs réglés le matin. Consultations de populations civiles toute la journée (photo). Pas de blessé militaire, pas d’alerte. Nous rédigeons les procédures de conduite à tenir en cas d’afflux massif de blessés en cas d’attentat. Autre travail en cours, mettre en place la procédure qui nous permettra de prélever du sang sur des militaires pré-désignés en cas de besoin. Car, à la différence de la pratique métropolitaine, nous n’avons pas de banque du sang, pas de plaquette, pas de plasma type PFC sauf quelques poches cryophilisées, et relativement peu de culots globulaires. En cas de besoins transfusionnels massifs, nous devons pouvoir faire face seuls en prélevant du sang sur les valides. Le Médecin commandant B. du RMT se charge de ce travail important. Identification des donneurs potentiels, mise en alerte en cas d’attentat, prélèvement de 500 ml par donneur et transfusion dans la foulée. Hier à la messe, le padre a terminé en disant curieusement : que Dieu vous custode (custodere prendre soin ? protéger ? quelqu un peut-il vérifier ?). Ici 40°C sec ; il paraît que les fêtes de La Garenne ont connu la pluie.

Afghanistan, Kaboul J12 : Arrivée d’un blessé particulier au GMC

Hier, arrivée d’un blessé afghan. Un piéton renversé par un Humwee américain. Il nous est présenté par téléphone comme ayant une fracture de fémur. Il arrive deux heures après l’accident, amené par une ambulance américaine lourdement escortée par deux véhicules blindés. La prise en charge sur les lieux de l’accident a été chaude, nous raconte l’équipage. Je veux bien le croire. Ce pauvre homme de 20 ans présente certes une fracture du fémur. Mais il souffre surtout d’un traumatisme crânien sévère ; les américains l’ont intubé. Il a aussi une luxation de C2. Nous le prenons en charge et lui faisons les examens habituels. Le scanner cérébral montre plusieurs contusions hémorragiques intracérébrales. Comme nous n’avons pas la possibilité de prendre en charge un tel patient, et compte-tenu de leur responsabilité dans cet accident malheureux, nous demandons aux américains de l’admettre dans leur hôpital de Bagram, où ils ont une réanimation adaptée. Refus au motif qu’ils n’ont pas de lit. Insistance de notre part, soulignant le caractère sensible de l’affaire. Refus définitif. Dépité, je suis contraint de confier le patient à une ambulance locale afin qu’il soit transféré, ventilé au ballon, dans un hôpital de Kaboul… La famille est présente. D’abord un oncle seul. Puis bientôt une vingtaine de personnes. Nous essayons de justifier avec diplomatie (et, je l’avoue, difficilement) l’attitude des américains. D’abord résignée puis en colère, la famille nous est finalement très reconnaissante pour les efforts que nous déployons. Mais elle est beaucoup moins reconnaissante aux américains… Un colonel américain est venu de son propre chef faire ses excuses à la famille. Très digne et très humain. Probablement conscient de l’image déplorable pour son pays que représente une telle affaire. Le patient part donc dans une structure hospitalière afghane, probablement dépourvue des moyens nécessaires au traitement de ce patient. Nous sommes tous très affectés. Heureusement, coup de théatre ce matin au lever : j’apprends que, sous  la pression de notre médecin chef, de la famille et d’un très humain colonel américain qui était venu faire ses excuses à la famille au nom de l’armée américaine, celle-ci va le récupérer et le transférer finalement en réanimation à Bagram. Dans une guerre comme celle-ci, il faut gagner les cœurs. Je suis heureux d’avoir fait la connaissance de ce colonel américain qui l’a compris. Puisse-t-il ne pas être le seul parmi ses camarades.

Afghanistan, Kaboul J10

Hier, départ en convoi de plusieurs personnels de la base et du GMC vers l’aéroport. Direction Paris via le Tadjikistan. Voir la vidéo du départ d’une partie du convoi. Une enfant de 9 ans est venu pour une tétralogie de Fallot, malformation cardiaque mortelle. Le père a voulu faire opérer sa fille au Pakistan, mais le prix demandé par les médecins pakistanais était trop important. Sa chance est qu’une équipe de chirurgiens cardiaques français arrive le 17 juin à l’Hôpital mère-enfant avec le matériel et les compétences pour ce type de pathologie. Je viens d’avoir la collègue cardiologue afghane de l’hôpital qui l’attend pour une consultation. Transfert de l’enfant (2 photographies du transfert en VAB).100_0376_2

Afghanistan, Kaboul : Evacuation sanitaire héliportée à Kaboul

Hier soir présentation par le SNR (Senior National Referent), un colonel qui est le patron des troupes françaises en Afghanistan, de la situation militaire sur le terrain. Manifestement, les attentats ont augmenté depuis un an, mais parallèlement on observe moins de blessés des troupes de la coalition. Probablement une conséquence de l expérience et de la plus grande attention de nos troupes, des mesures de sécurité comme l’utilisation de brouilleurs dans les convois ou le renforcement des blindages. Peut-être également que l’accentuation de nos actions offensives dans les provinces « occupe »  l’ennemi, moins attentif à des actions plus élaborées dans Kaboul même. Petite vidéo d’une évacuation sanitaire héliportée.