Bataclan

Les premiers mots et les premières pensées qui me viennent devant cette page blanche vont à ceux qui sont morts, qui ont été blessés ou qui ont perdu un proche.

Des Alto-séquanais, comme de nombreux Français, souffrent aujourd’hui.

J’ai une pensée particulière pour ce jeune homme père de deux enfants dont la famille de La Garenne, si connue et appréciée, se reconnaîtra.

J’embrasse très fort sa femme et tous les siens.

Je veux aussi remercier tous ceux qui se sont dévoués cette nuit. On ne m’en voudra pas de mentionner en priorité ceux avec lesquels j’ai directement travaillé. Vous avez été très professionnels et efficaces.

Vous avez sauvé beaucoup de monde. Merci évidemment à tous les autres qui étaient mobilisés cette nuit-là. Merci enfin à tous ceux qui ont aujourd’hui pris le relais, avec un mot particulier pour les forces de police qui veillent sur notre sécurité, ici et ailleurs.

Puis, je me souviens de ce jeune homme qui a l’âge de ma fille. On lui a dit d’attendre car il n’est que très légèrement blessé. Il doit être quatre heures du matin. Il fait doux dehors. Il est allé s’asseoir à l’extérieur, sur le parking des urgences, contre le petit mur, emmitouflé dans sa couverture de survie en aluminium. Je le rejoins pour lui demander comment il se sent. Je m’accroupis à sa hauteur.

D’une voix mécanique, sans une mimique, les traits tirés mais l’expression à peine surprise, comme celle de quelqu’un dont on interromprait la méditation en lui demandant son chemin dans la rue, sans un pleur, sa cigarette coincée entre deux doigts: « moi ça va. » Je lui demande s’il a des nouvelles des gens avec qui il était. « Oui, ma sœur. Elle a reçu une balle, là, à côté de moi. Elle est morte ».

C’est dit comme ça, sans colère, de façon automatique. Quelle solitude. Je suis assommé. Je ne suis pas certain d’avoir bien compris. Je ne sais quelle bêtise je bredouille.

Je lui demande si sa mère a été prévenue. J’aurais dû le prendre et le serrer dans mes bras. Je ne l’ai pas fait, je n’ai pas osé. Quel idiot. C’est mon plus grand regret de cette nuit. Un immense regret absolument indescriptible.

Merci à tous ceux qui m’ont envoyé des petits mots d’encouragement.
J’essayerai de répondre à chacun.

Pr Philippe Juvin

Maire de La Garenne-Colombes
Député européen
Chef du service des urgences de l’Hôpital Européen Georges-Pompidou