Article Le Figaro : « Hopital: l’inévitable restructuration des urgences » par Guillaume Guichard

LE FIGARO – ARTICLE DU 31 AOUT 2015 : « HOPITAL: L’INEVITABLE RESTRUCTURATION DES URGENCES » PAR GUILLAUME GUICHARD

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Sur 650 services en France, un sur dix accueille moins de 10.000 patients par an et se retrouve menacé de disparition.

Valognes dans la Manche, Firminy dans la Loire, Saint-Vallier dans la Drôme, Thonon-les-Bains en Haute-Savoie, Mantes-la-Jolie dans les Yvelines, Condom dans le Gers. Faute de personnel, une demi-douzaine de services d’urgence ou de Smur (service mobile d’urgences et de réanimation) ont dû, cet été, fermer leurs portes temporairement, au minimum la nuit. Ces quelques exceptions, sur 650 services en France, ont révélé un problème latent: le manque criant de médecins urgentistes.

Si les syndicats estiment qu’il faut davantage former de spécialistes, d’autres, comme le docteur Jean-Yves Grall, directeur de l’agence régionale de santé (ARS) du Nord Pas-de-Calais, estiment qu’il faut au contraire revoir l’implantation des urgences à faible fréquentation. Objectif? Concentrer les urgentistes dans les hôpitaux qui en manquent. Dans un rapport remis en juillet à Marisol Touraine, Jean-Yves Grall estime qu’il faut «éviter la présence inutile de médecins (urgentistes) lors de période de faible activité ou sur des structures à faible activité globale. Selon les cas, certains petits services d’urgence à faible activité (inférieur à 8.000 ou 10.000 passages par an) pourraient évoluer et être transformés en centres de soins non programmés». Comprendre en centre de consultations médicales sans urgentiste et sans rendez-vous. Les maisons de santé libérales existantes pourraient être estampillées «centre de soins non programmés».

Avec un patient par heure, c’est la sous-activité

Car, loin des images d’urgences saturées, un certain nombre de services fonctionnent en sous-régime. Pas moins de 67 d’entre eux connaissent une affluence inférieure au seuil de référence des 10 000 personnes par an, soit 1,1 patient par heure, d’après les chiffres issus de la base de données Hospi Diag agrégés par Le Figaro. Dix ne s’occupent même que d’un patient toutes les deux heures. De plus, au sein de cette soixantaine de petites structures, à peine plus d’un patient sur dix (13,5 %) est ensuite hospitalisé dans l’établissement, contre 20 % en moyenne dans toutes les urgences françaises. Ce qui veut dire que moins de trois patients par jour sont hospitalisés suite à leur passage dans ces petites urgences. L’immense majorité des passages ne concerne donc que de la «bobologie», les cas les plus graves étant directement envoyés vers des hôpitaux mieux équipés.

En attendant, la France manque d’urgentistes: 389 postes étaient laissés vacants à fin juin, d’après le Centre national de gestion du personnel hospitalier. Et encore, ce chiffre est sous-estimé, d’après les experts, les établissements ne voulant pas effrayer les postulants en diffusant un trop grand nombre de postes vacants. Mais le problème a été brusquement révélé cet été avec la fermeture temporaire d’une demi-douzaine de services d’urgence, faute de personnel. Les syndicats urgentistes sont immédiatement montés au créneau pour réclamer plus de recrutements. Ce n’est pas ce qu’ont en tête les ARS (agences régionales de santé), bras armé du ministère de la Santé dans les régions, et chargées de la planification des soins.

Face à cette pénurie de médecins et la faible activité de certains services, quelques ARS n’ont pas attendu le rapport Grall pour revoir leur stratégie. L’agence Basse-Normandie prépare les esprits à une restructuration de son réseau des urgences. À l’autre bout de la France, l’ARS Rhône-Alpes se lance actuellement dans une opération similaire, qui s’achèvera en 2016. D’autres, comme l’ARS Poitou-Charentes, attendent de savoir quelles suites la ministre de la Santé donnera aux propositions du rapport Grall.

Toutes les agences auscultent le terrain avec précaution avant de lancer une restructuration. Fermer un service d’urgence, où le transformer, peut s’avérer politiquement dangereux. «Les urgences, c’est à la fois, pour la population, le premier et le dernier recours, analyse Olivier Véran, neurologue et ancien député socialiste. Donc, leur éventuelle fermeture reste très angoissante au niveau local.» Pour Christophe Prudhomme, du syndicat Amuf-CGT, l’affaire est entendue: «Si on ferme leurs urgences selon une logique financière, on récoltera une révolte politique!»

À Valognes, 2.000 manifestants et des centaines d’élus du territoire ont défilé le 22 août pour protester contre la fermeture du service de l’hôpital local. La population n’est toutefois pas abandonnée. Le Smur a été rouvert pour traiter les seules urgences graves. Au ministère de la Santé, on hésite encore sur les suites à donner au rapport Grall.